La forme vitrail - Texte 1
La forme vitrail, par Vincent Deville
C’est Stan Brakhage qui inaugure peut-être la forme vitrail quand, dans Dog Star Man (1962), il troue les photogrammes en leur centre, recolle des fragments de pellicule dans la partie évidée, et fait émerger dans la bouche de son tout jeune enfant une deuxième image du même enfant, intensifiant ainsi le motif de départ. D’autres cinéastes ont poursuivi ce geste, qui consiste à prélever et à remplacer des parties d’images à l’aide d’outils de découpe variés (poinçons, scalpels, perforeuses…), développant des techniques de collage et de jointure qui leur sont propres (colle, scotch, encres…), pour parvenir à une esthétique singulière de montage dans le cadre et le plan. La forme vitrail, à la croisée du collage surréaliste, de la mosaïque et de la marqueterie, propose un geste iconoclaste, qui consiste à ne pas se limiter à opérer les coupes du montage entre les images, mais à les prolonger à l’intérieur du cadre des photogrammes, brisant à la fois le contenu des images et leur support pour ensuite les recomposer. On reconnaît également du vitrail l’agencement de fragments, l’usage de la transparence et le goût pour faire jaillir les couleurs.
On trouve dans la forme vitrail une double dimension analytique, qui s’applique à la fois aux motifs et au support. David Matarasso étudie, comme il le précisait lors de l'entretien réalisé avec lui[4], les « lignes de force » de l’image pour opérer ses découpes.
