La restauration de Beyond the Rocks (1922) en contexte - Texte 2

À peine annoncée, la nouvelle de la récupération et de la restauration de ce titre fit le tour du globe. Les différentes versions restaurées furent présentées dans plusieurs festivals et dans des centaines d’événements en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Australie et en Asie. Cette vaste distribution, conjuguée à la diffusion du film en DVD et dans des émissions télévisées (sur la chaîne Turner Classic Movies et sur celle de la télévision d’État néerlandaise), permit de rejoindre un public beaucoup plus large que celui des adeptes habituels de films muets. Cette exposition sans précédent précipita un débat public sur la restauration des films. Les discussions portèrent, d’une part, sur les nouvelles possibilités offertes par la technologie et, d’autre part, sur les enjeux éthiques de son utilisation. Dans ce qui suit, nous aborderons certaines de ces questions éthiques tout en relatant le processus de restauration et les décisions qui l’ont jalonné.

Jusqu’en 2004, Beyond the Rocks faisait partie de ces nombreux films muets que l’on pensait perdus à jamais. Entre 2000 et 2004, la copie nitrate presque complète refit surface, une bobine après l’autre, dans les locaux du Eye. Le film reposait dans plusieurs boîtes non étiquetées disséminées dans une vaste collection qui avait été donnée par les ayants droit d’un collectionneur de films néerlandais décédé en 2000. Il fallut plus de trois ans pour que le Musée, sous la supervision du chercheur Elif Rongen-Kaynakçi, parvînt à compiler et à référencer cette riche collection et, au sein de cette collection, à identifier les bobines de Beyond the Rocks. La copie nitrate récupérée était quasiment complète, seuls quelques plans et séquences manquaient à l’appel. Fait remarquable, seulement deux minutes de la pellicule avaient été trop détériorées pour être restaurées. Dans l’ensemble, le film était en relativement bon état.

Avec la collaboration de l’Université du Texas, du Centre de recherche Harry Ransom, qui détient le fonds Gloria Swanson, et de la bibliothèque Margaret Herrick de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, qui conserve les scripts de Paramount, le Eye parvint à reconstituer le montage du film avec ses intertitres. ING Real Estate offrit un soutien financier, et le laboratoire de restauration Haghefilm participa à l’entreprise. Dès le début, on décida de restaurer le film dans sa version muette et de produire également une bande sonore qui serait écrite et interprétée par le compositeur néerlandais Henny Vrienten.

La première version sonorisée, restaurée au moyen d’outils numériques et présentant les intertitres en néerlandais conservés dans la copie nitrate qui avait été trouvée, fut lancée au Eye en avril 2005 dans le cadre de sa biennale. Une deuxième version sonorisée fut présentée en mai 2005 au Festival de Cannes, dans la sélection « Classiques de Cannes ». Cette version avait fait l’objet d’une restauration numérique supplémentaire (pour supprimer d’autres rayures), et de nouveaux intertitres en anglais, élaborés à partir du scénario dialogué, remplaçaient pour l’occasion les cartons en néerlandais. En juillet 2005, la version restaurée fut présentée au festival annuel Il Cinema Ritrovato de Bologne. Enfin, les deux restaurations  — la version muette et la version sonorisée — furent projetées aux Giornate del cinema muto, le Festival du film muet de Pordenone, en octobre 2005.

Beyond the Rocks est de loin l’initiative de restauration et de distribution la plus ambitieuse que le Eye ait entrepris, tant du point de vue de l’investissement financier que de celui des techniques mobilisées. L’ensemble du projet totalisa environ 200 000 euros. Ce montant comprend les coûts liés au processus de restauration analogique et numérique, les nouveaux éléments de conservation du film, la distribution du film, la réalisation de la nouvelle bande sonore et celle des bandes originales numériques destinées à la projection numérique en salle, aux DVD et à la diffusion télévisée. Les coûts de restauration à proprement parler représentent environ la moitié de cette somme.

Ce projet offre un bon exemple d’application du quatrième cadre conceptuel — le film comme dispositif —, lequel reflète bien la politique du Eye. Le film restauré fut projeté dans un lieu et un décor reconstruisant le cadre de projection original (le théâtre Tuschinski d’Amsterdam, qui ouvrit ses portes en 1921), mais avec une bande sonore composée pour l’occasion. La musique ne fut pas interprétée sur place (comme cela aurait été le cas dans les années vingt), mais enregistrée à l’avance. La version numérique figura aussi à l’affiche dans plusieurs cinémas aux quatre coins des Pays-Bas; un DVD comprenant chacun deux menus audio (avec ou sans effets sonores) fut lancé sur le marché; le film passa également à la télévision et, pour finir, il fut présenté dans sa version sonorisée avec un accompagnement musical joué en direct dans deux festivals en Italie, le Cinema Ritrovato à Bologne et le Festival du film muet de Pordenone.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Saccone, Kate

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/97814m/3951

Date de modification de la fiche

2022-03-18

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