L’histoire matérielle d’un film nitrate, deuxième partie : la préservation - Texte 4
Le travail commence par la création d’un interpositif (l’élément 66). Il s’agit donc d’une étape supplémentaire par rapport au processus de tirage à partir d’un positif : il est alors possible de générer une copie de projection directement à partir du négatif original. Certaines institutions ont recours à ce procédé (la qualité de la copie pouvant alors être exceptionnelle si le négatif est une copie nitrate de première génération en bon état), mais l’objectif du processus de préservation est de générer un nouveau négatif sur un support plus stable à partir duquel pourront être créées de nouvelles copies de visionnement. L’internégatif (l'élément G)produit à partir du nouvel interpositif sert alors à produire la copie zéro et – si le négatif a été approuvé – d’autres copies de diffusion.
Au sens strict, la création d’un négatif de conservation (tiré d’un master positif) ou d’un interpositif (si le meilleur élément retrouvé est un négatif) est la condition de base pour qu’un film endommagé soit considéré comme protégé. Le film n’est pas « préservé », dans la mesure où il ne peut pas être visionné sans copie de diffusion (nous reviendrons sur cet aspect important de la préservation dans la dernière partie du parcours), mais les risques qu’il tombe dans l’oubli sont évités, du moins pour un certain temps.
Le processus de duplication numérique
Un film nitrate – positif ou négatif – peut aussi être numérisé directement et converti en fichiers numériques, puis laissé à son sort. Il pourrait alors être tentant de s’en remettre entièrement au numérique et de sacrifier la conservation des éléments argentiques. Nous aborderons ce point dans les parties sur l'éthique de la restauration et les méthodes de restauration. Pour l’heure, gardons à l’esprit que l’équilibre entre ce qui est éthique et ce qui est faisable ou pratique est le leitmotiv au cœur des réflexions sur les façons d’accorder au patrimoine cinématographique la protection qu’il mérite. L’équivalent numérique du processus de duplication photographique est beaucoup plus simple, du moins dans les premières étapes, puisqu’il consiste surtout à numériser le film nitrate pour le convertir en pixels. Les choses se compliquent aux étapes suivantes, car les données brutes obtenues – le premier résultat du processus non photochimique de duplication – sont alors manipulées et traduites dans des formats numériques (ou de nouvelles copies 35 mm) adaptés à la projection et à l’accès sous d’autres formes. Le diagramme ci-desous présente une version simplifiée du processus.
