L’histoire matérielle d’un film nitrate, deuxième partie : la préservation - Texte 3

De façon générale, le processus réalisé en laboratoire suit le même parcours que celui qui prévalait à l’époque du muet : un contretype négatif (que l’on appelle aussi « négatif de conservation ») est tiré d’un master positif. On appelle « copie zéro » la première copie positive découlant de ce négatif, puisque c’est cette copie qui révélera si le négatif de conservation a reproduit ou non les images de la matrice avec un degré acceptable de précision.

Une fois toutes les corrections faites pour s’assurer de la bonne exposition de chaque portion du film (ce qu’on appelle « l’étalonnage »), le négatif de conservation sert à produire une ou plusieurs copies positives. Le nom technique de ces reproductions dépend du contexte dans lequel elles sont créées : « copie d’exploitation » ou « copie de distribution » pour le laboratoire; « copie de diffusion », « copie de référence », « copie de projection » ou « copie d’accès » pour la cinémathèque ou l’institution d’archives. Dans tous les cas, ces copies ne sont pas soumises aux mêmes restrictions d’accès que les masters – dans notre étude de cas fictif, la copie n° 36 – parce que les dommages accidentels qu’elles pourraient subir ou leur détérioration naturelle ne compromettent pas la survie du film.

Le négatif de conservation peut servir à produire autant de copies que nécessaire, mais pas sans un minimum de soin. Si ce négatif est endommagé ou détruit, il ne sera peut-être pas possible d’en produire un autre, car sur la même période, sa matrice se sera peut-être également décomposée davantage ou détruite. Tirer au moins deux positifs – l’un pour le visionnement à la cinémathèque et l’autre pour le prêt – contribue à ralentir l’usage du négatif. Une pratique recommandée consiste à ajouter des étapes supplémentaires en tirant d’abord du négatif un positif à faible contraste dont l’émulsion est différente de celles des copies de projection – on appelle ce positif le « positif intermédiaire » ou « interpositif » (l’élément 70) – et qui pourra être utilisé comme copie d’urgence. Idéalement, un contretype négatif ou « internégatif » (l'élément H) sera également produit à partir de cet interpositif.

Le grand avantage de cette méthode de redondance tient au fait qu’elle laisse le négatif de conservation intact, puisque les copies de diffusion sont faites à partir de la copie du négatif. Son inconvénient évident est la légère perte de contenu visuel dans les copies de deuxième génération et les coûts supplémentaires. À moins qu’un titre donné ne soit en forte demande, les cinémathèques et les institutions d’archives se contentent généralement de produire un interpositif – quand elles peuvent se le permettre, car la plupart n’en ont même pas les moyens. Un projet de préservation typique s’arrête donc souvent à la création d’une nouvelle copie de diffusion, dans l’espoir que rien n’arrivera au nouveau négatif duquel ce positif est issu.

La vaste majorité des films muets qui existent aujourd’hui ont survécu sous forme de copies d’exploitation. Dans les cas rares où on a retrouvé un négatif (comme l’élément E dans notre étude de cas fictive), le processus de préservation est légèrement différent.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/95762q/4379

Date de modification de la fiche

2022-07-31

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