La fin de la lune de miel entre Netflix et le septième art? - Texte 3
D’autant que sur un plan plus qualitatif, le géant – peut-être désormais aux pieds d’argile – de Los Gatos fait face à des problèmes touchant aux habitudes comportementales du consommateur accoutumé au streaming. Parmi ces problèmes, on peut identifier ce que l’on nomme la « fatigue décisionnelle ». Submergé par l’offre exponentielle de séries et d’autres produits audiovisuels (qui incluent même des jeux vidéo), le consommateur peut développer une forme de lassitude face à l’obsédante nécessité de choisir son programme et de se frayer un chemin dans cette luxuriance.
Or, il est parfois bon de s’abandonner à ce que d’autres, en qui l’on aura placé notre confiance, choisiraient pour nous. On pourrait y percevoir un nouvel avatar de la théorie du « two-step flow » avancée dès 1955 par Paul Lazarsfeld et Elihu Katz[4]. C’est aussi l’une des dimensions de la fonction éditoriale dont nous reparlerons plus loin en discutant de la « revitalisation » des salles de cinéma.
Face à cette baisse de régime, Netflix ne reste assurément pas les bras croisés et tente d’imaginer de nouvelles solutions pour maintenir son mantra de la croissance permanente des abonnements. Parmi ces solutions, on compte l’introduction de la publicité, signalant une forme nouvelle de rapprochement et d’échange réciproque (?) entre plateformes et télévision[5]. Un article du New York Times daté de janvier 2023 résume cette question, qui est plus d’actualité que jamais, en demandant : « Streaming Changed TV. Is TV Changing Streaming Back? » Le chroniqueur précise :
As for Netflix, amid recent signs that it can’t keep growing explosively forever, it has introduced something that used to be anathema to it: a subscription tier with ads. A decade ago, Netflix defined our current conception of streaming. Its next phase may involve turning itself into TV[6].