Décorateur/décoratrice en cinéma d’animation, le cas de Persepolis - Texte 3
Pour Persepolis, les décors ont par après été repris par Zaza, la cheffe décoratrice, pour les mettre en texture, non plus sur papier mais sur ordinateur, avec l’utilisation de logiciels de traitement d’images. Marjane Satrapi explique :
On ne pouvait pas non plus faire tous les décors en noir et blanc, le spectateur ne peut pas tenir une heure et demie sous peine d’avoir une crise d’épilepsie, car l’œil a besoin de nuances de gris, de matière. On a donc travaillé avec des décorateurs qui nous ont proposé des matières dans les noir et blanc et les nuances de gris. C’était une discussion permanente[4].
Cette mise en matière du décor a commencé en phase de préparation, pour trouver l’esthétique et la façon de procéder adéquates, puis a été déclinée lors de la phase de production par Zaza et son équipe, composée de Patricia Guilmard et de Thierry Million. C’est sans doute un des aspects les plus différents du travail de chef décorateur en animation par rapport à la prise de vues réelles, car cela s’apparente à une mise en lumière, plus proche d’une certaine façon de l’approche d’un directeur de la photographie, déterminant la source lumineuse. La technique utilisée pour la création des textures dans le film est singulière. En lisant le générique, on voit crédité Cizo, un collaborateur lui aussi régulier de Winshluss, pour la recherche de décors supplémentaires, alors qu’il n’a pas véritablement travaillé sur ce film. Il a, en revanche, partagé avec Zaza la technique des fonds gris qu’il avait utilisée sur Raging Blues, un court-métrage coréalisé avec Vincent Paronnaud. La trame des fonds est un peu particulière. Ce sont des ciels photographiés qui viennent de journaux anciens. On remarque une superposition de trames travaillée à l’aide de Photoshop, à laquelle Zaza a ajouté de la matière, comme la mine de graphite. Une fois les décors de base construits, ils ont été déclinés par plan par l’équipe déco à qui étaient confiées également toutes les textures nécessaires, la plupart conçues par Zaza, mais certains motifs pouvaient même avoir été dessinés par Marjane Satrapi.
