Décorateur/décoratrice en cinéma d’animation, le cas de Persepolis - Texte 1

Le travail de « décorateur » dans le cinéma d’animation, si le nom de métier est le même, ne s’articule pas de la même façon qu’en prise de vues réelles. Je me concentrerai ici sur la façon dont se compose le travail du décor dans les films d’animation en 2D, en France, et je m’appuierai pour cela sur le cas du long-métrage Persepolis[1].

S’il sera question de 2D, c’est parce que les problématiques ne sont pas les mêmes que dans un film 3D en images de synthèse ou dans un film en volume. Notons cependant que le mélange des techniques est fréquent aujourd’hui, avec des films 2D pour lesquels on a modélisé certains décors en 3D, en particulier pour faciliter les mouvements de caméra. C’est d’ailleurs ce qui a été fait pour quelques rares éléments du film Persepolis.

Si mon propos se limite par ailleurs à la France, c’est parce que la répartition des tâches et la façon de procéder n’est pas toujours la même que dans d’autres pays. Enfin, si l’exemple de Persepolis s’imposait, c’est parce que le cinéma d’animation a un processus de fabrication à la fois industrialisé et très varié suivant les films. « Penser par cas », pour reprendre le titre du livre collectif dirigé par Jean-Claude Passeron et Jacques Revel, permet de poser les problèmes et instaure un cadre de raisonnement, un « espace virtuel d’intelligibilité[2] ». Persepolis, produit entre 2005 et 2007 entièrement en France, se trouve à la croisée entre le papier et le numérique, les dessins ayant été faits sur papier, mais une partie du travail, en particulier du décor, sur ordinateur. Il s’agit d’un film en noir et blanc, issu d’une série de quatre bandes dessinées de Marjane Satrapi, réalisé par l’auteure et Vincent Paronnaud, et produit par 2.4.7 Films.

Zaza (Marisa Musy) et Zyk (Patrice Szewczyk), deux décorateurs français qui ont travaillé sur de nombreux films d’animation en France, expliquent ainsi les étapes de travail du chef décorateur :

Au moment de la recherche, on crée des décors de référence. Puis, au cours de la production vient le moment du layout – « mise au cadre » en français –, un storyboard très technique avec une ébauche de décor sans vraiment de création qui s’inspire parfois de nos décors référents et où sont positionnés les personnages à la bonne taille et cadrés. C’est la base pour le décorateur : il a une échelle, une taille. Ensuite, son travail consiste à reprendre ce décor basique, à le mettre dans le style, à le crayonner, à l’encrer, puis à poser numériquement la couleur : les dessins sont scannés, et les coloristes travaillent sur palette informatique[3].

Ainsi, le travail du décor se déploie en deux temps : en préparation (préproduction), des décors de référence sont créés sous forme de dessins au trait; puis, lors de la phase de production, à partir du layout décor, un travail de mise en texture et en couleur est fait. Pour Persepolis, les décors de référence ont été réalisés par Fréderic Boniaud, collaborateur régulier de Winshluss (Vincent Paronnaud) dans son travail en bande dessinée. Les albums de Satrapi déployant un minimum de détails dans les arrières-plans, il a fallu partir de presque rien pour les décors. Fréderic Boniaud a pu s’appuyer sur des photos de Téhéran prises par une amie de Marjane Satrapi, ainsi que sur la mémoire de cette dernière qui, tout en lui laissant de la liberté, précisait des éléments, comme « le poster au mur », indiquait le type de sol, les matières, les matériaux et donnait la direction générale, celle d’une grande sobriété.

 

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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Identifiant

ark:/17444/909742/4018

Date de modification de la fiche

2022-04-06
2022-08-02

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