Le matériel du cinéma - Texte 2
La triade caméra-procédé-projecteur irradie les discours et illustre à quel point le cinéma de ces années 1925-1932 est fait d’innovations et de rénovations. Il ne s’agit jamais d’entrer dans les détails de ces inventions, mais de les mentionner ou d’en rendre compte afin de donner à lire des moments dans le développement de l’équipement nécessaire à la réalisation et à la projection de films. De ce point de vue, les discours relaient la dimension techniciste du cinéma.
Par exemple, plusieurs textes mentionnent le Caméréclair, cette caméra qui a fait son apparition au début des années 1920 : ainsi, on s’entretient à son propos avec Marcel L’Herbier, qui vient d’utiliser le Caméréclair à quatre objectifs pour son film Le vertige[6], on donne la parole à son inventeur, Jean Méry, pour parler du Caméréclair 6[7], et il en est question dans des articles faisant état des progrès de la technique française. Ces textes sont généralement accompagnés de photographies de l’appareil (vue complète, vue ouverte, vue de l’arrière) permettant au lecteur d’en avoir une vision claire et détaillée afin de le reconnaître. C’est en outre cette possibilité d’identification qui domine la lecture. La mention, au fil des textes, de cet appareil nous plonge au cœur de l’imaginaire des techniques cinématographiques : le Caméréclair existe, il fonctionne, il est utilisé par certains réalisateurs, il est français. Mais comprendre ses caractéristiques, son fonctionnement ou son maniement demeure un mystère.
Autre appareil croisé : le Pahé-Rural. Qualifié d’« innovation magnifique[8] », ce système permet de déplacer le cinéma dans les campagnes et les petites villes en projetant des bandes de 17,5 mm sur des écrans de 2,5 m. On en vante notamment la solidité et la facilité d’opération. Dans le numéro du 9 novembre 1928 de Cinémagazine, on peut d’ailleurs voir une photographie de l’appareil, accompagnée d’indications sur les différentes pièces qui le composent.
