Filmer en Bolex H - Texte 4
Viser
La H16 Reflex, qui date de 1956, est sans doute le modèle le plus célèbre de la série. Sa nouveauté consiste en une visée reflex utilisant un système de renvoi de l’image même qui s’inscrira sur la pellicule par un système de prismes, dont un prisme semi-réflecteur situé entre l’objectif et la fenêtre d’impression. Cela implique que la visée détourne une partie de la lumière normalement destinée à l’image. C’est a priori dommageable, d’autant qu’il faut tenir compte de cette absorption dans la graduation des objectifs et des posemètres… Il y aura donc des cellules et des objectifs spéciaux pour Bolex H16 Reflex, sauf à corriger soi-même l’exposition selon les tables présentées dans la notice. Cette solution au problème de la visée reflex – qui permet de cadrer directement à travers l’objectif, et donc de disposer à l’œilleton du cadre a priori exact tel qu’il sera impressionné sur la pellicule – n’était pas la seule envisageable. En fait, la solution massivement adoptée depuis la caméra Arriflex de 1937 consiste à adosser un miroir à 45° sur la pale rotative de l’obturateur. Ainsi, l’image est remontée vers l’œilleton quand l’obturateur est fermé, et impressionnée sur la pellicule quand l’obturateur est ouvert. Les caméras professionnelles en sont systématiquement munies, mais aussi par exemple la Beaulieu R16, concurrente de la Bolex H16 sur le marché européen introduite à la fin des années 1950, et présentant avec sa cousine vaudoise de nombreux points communs.
Pour comprendre le statut de cette innovation du reflex, il faut d’abord complexifier l’idée qu’elle consisterait en un moyen de supprimer la parallaxe lors du cadrage. Les H16 précédentes sont en fait munies de deux viseurs. Le viseur dit « clair » peut occuper deux positions sur la caméra. La première est située en haut de l’appareil, emplacement conseillé pour le transport mais qui peut être utilisé aussi pour le tournage : « elle suffit tout à fait pour les prises de vues courantes, à plus de 2 m de distance », dit la notice. L’autre position consiste à fixer le viseur contre la porte de la machine, à hauteur de fenêtre d’impression, juste à côté de l’objectif médian de la tourelle. Assez tôt, ces viseurs parfois nommés « octamètres » sont munis de manettes ou molettes de réglage, les unes pour l’adaptation à la focale de l’objectif, les autres pour le report de la distance de mise au point. Ces deux molettes permettent une correction de la parallaxe, pour présenter à l’œil un cadre « rigoureusement exact », selon la notice, et très lumineux – beaucoup plus que ne le sera plus tard la visée reflex.
