Couper - Texte 2
Cette pratique a contribué à « désacraliser » la portion de celluloïd enregistrée en continuité et à généraliser, progressivement, la suppression de photogrammes, à commencer par ceux qui se situaient aux deux extrémités de la pellicule, car chaque mise en route et interruption de la manivelle produisait de ces images défectueuses. Il s’agit d’un indispensable nettoyage, généralement effectué par une ouvrière spécialisée, à la demande de l’opérateur et du réalisateur, à la suite du visionnage des rushes (donc uniquement sur les prises retenues). Il ne nécessite pas une immense précision ni une grande réflexion, car il suffit de couper des éléments superflus. Ce nettoyage a probablement contribué à l’émergence d’un élagage qu’on peut dire raisonné.
L’élagage est une procédure qui consiste à concentrer les opérations de montage sur l’établissement de l’ordre définitif des tableaux et sur la coupe de leurs extrémités, afin d’en déterminer la bonne longueur. Il se distingue du nettoyage, en ce que la suppression de photogrammes ne concerne pas que des scories, mais porte aussi sur des éléments dramatiques intentionnellement enregistrés mais considérés, après réflexion, comme superflus ou s’intégrant mal au rythme recherché. Ce type d’élagage, né d’un autre ordre de réflexion, est en fait apparu dès les débuts du cinéma, avec l’apparition de certains trucages.
Les trucages nécessitent le plus souvent une combinaison des procédures de nettoyage et d’élagage, car en plus de devoir ôter les images rendues défectueuses par l’interruption du tournage, il importe aussi de choisir précisément le point de coupe afin de raccorder au mieux les deux ensembles d’images homocadres pour donner une illusion de continuité.