Trucages et effets optiques - Texte 3
Une image d’une grande stabilité est primordiale lors de la réalisation de ces trucages et effets, puisque des tressautements affectant différemment deux portions de l’image risqueraient d’exposer l’illusion. Certaines des Pathé Professionnelle utilisées dans les studios Pathé sont pour cette raison conçues pour tourner sur des négatifs 35 mm présentant une seule perforation de part et d’autre de chacun des photogrammes, un système que l’on présume plus apte à produire des images d’une grande stabilité. Certains opérateurs conçoivent par ailleurs de lourds dispositifs visant à stabiliser leur appareil lors du tournage des plans et séquences présentant des effets spéciaux. Dans un entretien avec l’historien Kevin Brownlow, le directeur de la photographie Charles Rosher raconte comment il fabriqua un support de caméra pesant pas moins de 2000 lb (900 kg) pour le tournage de Little Lord Fauntleroy (Alfred E. Green et Jack Pickford, 1921), un film contenant plusieurs plans dans lesquels le petit Lord et sa mère, tous deux interprétés par Mary Pickford, apparaissent ensemble à l’écran :
Des poutres d’acier formaient la structure, la base était couverte de sacs de sable, et un immense bloc d’acier évidé supportait la tête de trépied munie de manivelles pour les panoramiques horizontaux et verticaux. Cet étrange assemblage pouvait être déplacé grâce à des roulettes, mais lorsque j’avais terminé de préparer le plan, des sacs la fixaient au sol. Des pièces gardaient également la tête du trépied rigide un fois l’installation complétée. Un support pour caches [mattes] était également fixé devant la caméra ; je le déplaçais pour suivre les mouvements de Mary. Le dispositif entier était si solide que vous pouviez sauter sur le plancher sans le faire bouger d’un millième de pouce[2].
La Pathé Professionnelle sera graduellement remplacée dans les années 1910 par la Bell & Howell 2709, dont le mécanisme intermittent intègre des registration pins permettant la production d’images d’une stabilité insurpassée. La 2709 s’avère par conséquent particulièrement adaptée à la production d’effets spéciaux et de trucages. La première mention d’une caméra Bell & Howell publiée dans le Moving Picture World concerne d’ailleurs les remarquables fondus enchaînés que la nouvelle caméra permet, aux employés de la compagnie Essanay – basée comme Bell & Howell à Chicago –, de placer au cœur du récit d’un film d’une bobine complété en octobre 1912, Sunshine[3]. Treize ans plus tard, les producteurs du long métrage The Lost World (Harry O. Hoyt, 1925), une adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle racontant la découverte d’un monde oublié peuplé de dinosaures, ne tarissent toujours pas d’éloges sur la grande stabilité de la 2709 dans une publicité de Bell & Howell. La 2709 est également équipée d’un obturateur à ouverture variable contrôlé par un dispositif permettant de produire de façon automatique des fondus[4]. Afin de créer les effets d’iris fréquemment utilisés dans les années 1910 et 1920, la 2709 peut de plus, comme la Pathé Professionnelle avant elle, être équipée d’un iris posé devant l’objectif, dont l’ouverture comme la position sont réglables.