Trucages et effets optiques - Texte 1
Pendant les trois premières décennies de l’histoire du cinéma, les copies d’exploitation présentées aux spectateurs sont le plus souvent produites directement à partir du négatif exposé dans la caméra au moment du tournage. Ce n’est en effet qu’en 1926 que Kodak annonce la mise au point du Eastman Duplicating Film, dont l’émulsion a été optimisée pour le tirage de copies interpositives et internégatives[1]. L’usage du Duplicating Film permet de protéger les négatifs originaux, de simplifier les opérations de tirage (l’étalonnage de chaque plan ne devant plus être refait au moment du tirage de chacune des copies d’exploitation), de même que de produire les effets optiques et les trucages à l’étape de la postproduction, et non plus pendant le tournage.
Tout comme les pionniers de la photographie quelques décennies avant eux, les cinéastes et les fabricants de vues animées avaient très rapidement réalisé que les images captées sur la matière photosensible défilant dans leur appareil de prise de vues pouvaient être truquées, masquées, divisées, multipliées… Certaines de ces manipulations viseront à créer de spectaculaires illusions; d’autres, à enrichir la grammaire du cinéma narratif naissant. Les caches ou effets d’iris pourront par exemple être utilisés pour focaliser l’attention des spectateurs, tandis que les fondus permettront d’exprimer le passage du temps.
Les caméras conçues pour le travail en studio sont par conséquent très tôt équipées de tout un lot de fonctionnalités et d’accessoires devant faciliter la production des trucages et des effets optiques. La Pathé Professionnelle, développée sur la base du Cinématographe Lumière, permet ainsi les prises de vues image par image au moyen d’une seconde manivelle exposant un photogramme par révolution, ce qui rend possibles les effets d’animation et la pixilation.