Retour sur l’histoire du spectacle projeté en salle de cinéma - Texte 4
En France, après quelques brefs essais par Gaumont et Pathé dans les années 1950 et quelques salles d’exclusivité qui se sont équipées de manière éphémère, pour des matchs de boxe[2] ou des cérémonies télévisuelles comme le couronnement de la reine Élisabeth II en 1953 et le mariage princier de Grace Kelly en 1956, deux tentatives d’expérimentation à plus grande échelle auront lieu dans le Massif central : en 1977 (sept salles et neuf lieux publics dans cinq villes) par la Société française de production (SFP), puis en 1983 par Vidéo Transmission International (VTI), qui regroupe la SFP, Télédiffusion de France et les PTT (Postes, télégraphes et téléphones). Chaque fois, ces essais de mise en place d’un réseau pilote de télétransmission sont motivés par le projet d’un service national, concurrent à celui destiné aux foyers, comblant des besoins culturels (faire participer des publics des provinces aux événements culturels parisiens), éducatifs, institutionnels et professionnels. Le projet est ambitieux et ne manque pas de soutien politique, mais il est assez coûteux et pose des questions juridiques, techniques et réglementaires complexes à une époque où la télévision en France est encore sous monopole public. Mais l’installation du premier satellite français (Télécom 1) alimente les espoirs d’un réseau de « vidéo-cinémas » étendu (300-400 salles) sur le territoire, diffusant des opéras, des concerts, mais également des matchs de football et des tournois de tennis. En attendant, la télévision sur grand écran bénéficie de la visibilité que lui offrent les institutions festivalières. Après la Biennale de Venise en 1952, le MIPTV (marché international de contenus audiovisuels), lors de son édition de 1983 à Cannes, accueille dans le Palais des festivals et sur un écran de 100 m2 la télétransmission de La Belle Hélène d’Offenbach, opéra mis en scène par Jérôme Savary.
Ce n’est que dans les années 2000 et 2010 qu’un marché du « hors-film » pourra réellement se développer. Une association professionnelle est créée à Londres en 2012, la Event Cinema Association, pour promouvoir l’industrie du « hors-film » sur le marché britannique et, plus largement, européen. Sur le plan du contenu, depuis 2006, le Met est devenu l’une des marques les plus puissantes de cette industrie, produisant une dizaine de live HD par an pour les salles de cinéma. Avec de 1 à 3 % du box-office mondial en 2018, le « hors-film » représente une industrie de niche, mais qui possède déjà son propre écosystème.
