Bricoler la projection : Ken Jacobs - Texte 5A
Ken Jacobs : Eternalism
« Eternalism » est le nom donné par Ken Jacobs à un effet visuel résultant de ses recherches sur la perception et ses expérimentations avec la manipulation d’images, et qu’il définit ainsi : « des tranches de temps débloquées, des mouvements maintenus qui ne vont nulle part et qui ne ressemblent à rien dans la vie […], sans point de début, de fin ou de répétition discernable[6] ». Né avec les performances du Nervous System, il était, à l’origine, produit par l’association entre un clignotement (flicker) à haute fréquence et le défilement contrôlé de deux bandes filmiques identiques projetées alternativement, image par image, avec un photogramme d’écart en général. À ces mouvements paradoxaux venait s’ajouter alors la perception d’une tridimensionnalité illusoire, de telle sorte qu’il est virtuellement impossible de dissocier ces deux effets.
Dans un souci de préserver quelque chose de ces œuvres éphémères, Ken Jacobs a cherché à transposer l’effet au médium vidéographique, initiant une autre démarche d’expérimentation, cette fois-ci avec des logiciels informatiques. Cela déclenche la dernière étape de sa carrière, dans laquelle il se consacre exclusivement à la vidéo numérique et à l’exploration protéiforme de l’Eternalism, qu’il fera breveter à plusieurs reprises. Trois tendances, ou « séries », se dessinent dans cette production : les « rééditions » de performances de projection, les vidéos faites à partir de photos personnelles (de famille ou autres), et celles qui réemploient des photographies ou cartes stéréoscopiques du début du XXe siècle.
