Bricoler la projection : Ken Jacobs - Texte 2
L’alternance rapide de deux images très proches dans la succession de la bande engendre, par-delà l’intervalle noir, une fusion des stimuli dans le cerveau du spectateur. Le décalage temporel entre les deux photogrammes fait office de décalage spatial et vient nourrir la parallaxe binoculaire – la différence d’angle entre les images captées par chacun de nos yeux. Cette disposition favorise ainsi l’illusion de la stéréoscopie, pendant que la manipulation du défilement des copies, de quelques photogrammes en avant et en arrière, produit un étrange mouvement ondoyant et prolongé, infiniment « maintenu » dans des déroulements infimes, et que Jacobs a baptisé du nom d’« Eternalism ».
D’autres effets dérivés peuvent être produits par la variation du mouvement de l’hélice, donc du flicker, et par la manipulation du projecteur lui-même, posé sur une plateforme que Ken Jacobs peut faire pivoter (haut/bas, droite/gauche), ainsi qu’avancer ou reculer. Il commande le projecteur principal, surnommé « Maurice », et sa compagne et collaboratrice, Flo Jacobs, commande le deuxième, qui reste fixe. Leurs performances suivent des partitions préparées lors de répétitions, et la plupart des pièces comportent comme accompagnement sonore soit un enregistrement recyclé, soit une musique.
