L’éthique de la restauration de films - Texte 4
La « restauration » de 2011 du Voyage dans la lune
Toutefois, appliquée sans discernement, cette approche interventionniste transforme ce que l’on pourrait appeler le culte de la « complétude » en une véritable idéologie, se traduisant par la mise de l’avant d’une fausse conscience et d’une représentation erronée de l’histoire. La version de 2011 du Voyage dans la lune présentée au Festival de Cannes a été montée à partir d’une copie piratée produite en Espagne bien après la sortie du film, comme en témoignent sa piètre qualité, la densité de la base nitrate, la forme des perforations Edison et le style de colorisation à la main (le drapeau français de la scène finale affiche les couleurs de l’Espagne). La copie provenant de la Cinémathèque de Catalogne est de plus incomplète : le métrage noir et blanc provenant d’autres sources et intégré à la restauration a été colorisé par ordinateur pour se fondre avec le reste. Les couleurs elles-mêmes ont par ailleurs été rehaussées pour paraître plus brillantes. Les contours ont également été accentués, car le public ayant grandi avec le numérique est habitué à voir des images animées de cette façon.
