Ciselure, rayure, poussière - Texte 2
Une autre manière d’envisager un travail « inapproprié » sur la matière filmique serait celui de la gravure sur pellicule. Cet art consistant à rayer volontairement la couche d’émulsion de la pellicule, représente une forme d’animation à part entière (chez Len Lye, Norman McLaren, Pierre Hébert). On retrouve cette technique également chez Stan Brakhage, qui signera les titres de ses films et son nom directement sur la pellicule, photogramme par photogramme. Il grattera également les images de certains plans dans ses premiers films comme une métaphore pour décrire des formes de voyance (Reflections on Black, 1955), ou encore, à partir de Dog Star Man (1961-1964), pour représenter ses états de visions hypnagogiques. Si, dans une collection de films, une rayure sur une copie 16 mm ou 35 mm est synonyme de ruine, ici, au contraire, la rayure est une forme expressive à part entière, qui utilise une variété d’outils et explore un nombre infini de modalités.
