La verrerie comme artisanat (avant 1886) - Texte 2
Cinquante ans plus tard, en 1886, les instruments de Zeiss et leur rôle dans la mise au point d’un nouveau type de verre seront à l’origine de changements profonds dans la recherche sur les objectifs ainsi que dans leur production et leur commercialisation. Pour saisir ce qui distingue les produits de marque Zeiss, il faut bien garder à l’esprit qu’à l’époque, l’idée qu’un objectif pût représenter le monde physique de façon fiable et précise était tout à fait inconcevable.
L’histoire de la verrerie écrite par les opticiens européens est, sans surprise, eurocentrée. Une bonne part de cette historicisation de l’optique s’est faite dans les années suivant la Grande Guerre, à la suite de l’impulsion considérable que l’économie de guerre a donnée à cette industrie en Amérique, en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Pourtant, cette histoire et plus généralement celle des inventions optiques sont beaucoup plus anciennes. Elles remontent aux écrits de Hasan Ibn al-Haytham, dont les traductions ont influencé les expérimentations visuelles de Giambattista della Porta et de Christiaan Huygens.
Ce parcours retrace l’histoire de Zeiss non pas pour prétendre que cette firme ait été la première à innover en matière d’optique, mais plutôt pour expliquer comment, grâce à ses infrastructures, ce fabriquant né au XIXe siècle a cherché à instaurer une relation stable entre les technologies d’optique et la vision, relation que le cinéma a régulièrement défiée, subvertie et dont il s’est joué.
L’optique comme artisanat
Avant les années 1880, la production des objectifs de précision en Europe était dans une large mesure artisanale. Pratiquement toutes les personnes œuvrant dans ce domaine, au début et jusqu’au milieu du XIXe siècle, étaient des « négociants formés au travail des métaux et à la mise au point de petits appareils, dont le savoir-faire avait été acquis au sein d’ateliers spécialisés dans la construction ou la vente d’instruments optiques[3] ». Même les meilleurs microscopes « n’étaient pas des réalisations scientifiques, mais le résultat de centaines de tentatives sur le mode essai-erreur[4] ».
