Visionner - Texte 10
En tant que « table de montage ou de vérification […] qui dispens[ait] tout monteur ou vérificateur de films d’avoir recours à l’appareil de projection pour visionner la bande[1] », la Lyta « rempla[çait] avantageusement le projecteur ordinaire, étant plus rapide et plus facile à manipuler[2] ». Elle permettait également d’éviter le chargement ou le déchargement de la pellicule inhérent à l’usage des projecteurs portables. Il s’agissait initialement d’un instrument optique, muni d’une loupe « qui grossi[ssait] l’image trois fois[3] », et qui permettait de redresser les images à placer sur la table de montage, au niveau du verre dépoli éclairé par la lampe, et défilant horizontalement : « Dès que l’appareil [était] mis en marche, le vérificateur aper[cevait] à travers le Kinoscope une image inclinée à 45°, sensiblement agrandie, et vivement éclairée[4]. »
Comme avec la Moviola, le défilement du film pouvait varier, jusqu’à l’image par image et en avant comme en arrière. Cette variation était contrôlée soit par deux manivelles latérales, qui actionnaient deux enrouleuses arrimées à la table, soit par un moteur. La Lyta était donc fortement dépendante de la table sur laquelle on l’installait. Toutefois, la société allemande a très vite produit un modèle directement intégré dans une table dotée d’un pupitre sur lequel les feuilles de montage pouvaient être déposées. Ce pupitre était aussi muni d’un panneau de verre éclairé, positionné perpendiculairement, sur lequel on pouvait accrocher des bouts de pellicule pour en voir immédiatement les images.
Matériellement très différents, ces appareils ont tous deux été pensés comme des dispositifs de visionnage : le film y était vu directement, éclairé et grossi – sans obturateur dans le cas de la Moviola, ce qui donnait l’impression de voir une sorte de filage, et avec « un obturateur à fentes [qui] produi[sai]t un effet stroboscopique[5] », dans le cas de la Lyta. Outre sa grande mobilité – qu’elle ne partage pas avec la Lyta, bien qu’elle se soit trouvée elle aussi, rapidement, « fixée » aux cutting rooms –, la Moviola avait l’avantage de libérer les mains de son utilisateur grâce à sa pédale électrique, contrairement à la Lyta, qui nécessitait d’actionner une manivelle pour mettre en mouvement les enrouleuses[6]. La Moviola permettait certes aussi de prendre des notes sur le montage, mais elle s’avérait sans doute moins pratique que la Lyta lorsqu’il s’agissait de procéder immédiatement à une coupe et à un collage.
Contrairement aux projecteurs portables, ces deux appareils étaient conçus pour une consultation solitaire du film qui correspondait pleinement à la pratique du montage telle qu’elle avait cours à l’époque. La Moviola et la Lyta ne se sont pas non plus contentées de ne servir qu’au contrôle et à la vérification, car la relative facilité avec laquelle elles permettaient de manier la bande a aussi facilité les gestes de couper et de coller, ou du moins l’enchaînement (dans un sens ou dans l’autre) des étapes du montage que sont coller, couper et visionner.