Visionner - Texte 1
Dès lors qu’il a fallu couper la pellicule, la nécessité d’en scruter la continuité photogrammatique pour décider de l’emplacement de la coupe s’est imposée. Durant la période du cinéma dit muet, cette inspection s’est faite de différentes manières : soit on dirigeait le morceau de pellicule vers une source de lumière et on l’observait, avec ou sans loupe, soit on recourait à des tables équipées d’une source lumineuse. Dans tous les cas, il s’agissait d’examiner la pellicule pour repérer le point de coupe, et non de vérifier la validité d’un assemblage de tableaux. Autrement dit, il s’agissait de regarder une succession d’images fixes, plutôt que de visionner un défilement d’images en mouvement, soit deux gestes très différents qui engageaient des outillages tout aussi différents avant que le montage s’impose comme un moment réunissant la coupe, la collure et le visionnage de ce qui a été coupé puis collé.
Le montage a en effet longtemps été divisé en de multiples activités, dispersé en différentes phases de travail, éparpillé en divers lieux. Durant environ les 15 premières années du spectacle cinématographique, il ne se trouvait le plus souvent de tables lumineuses qu’en deux endroits des usines de fabrication : au coloris et à la vérification, où était opéré l’assemblage final des positifs d’exploitation. Dans ces deux lieux, des ouvrières inspectaient avec minutie les images et leur qualité, soit pour les colorier, soit pour pratiquer des collures précises et s’assurer du bon ordre des tableaux dans les copies.