Bidayyat : entre diffusion traditionnelle et diffusion indépendante de documentaires syriens marqués par la guerre - Texte 2

Le travail de Bidayyat s’inscrit dans un projet plus large dont la mission est ainsi de former au cinéma documentaire de création et de soutenir financièrement, à travers des bourses ponctuelles ou en tant que producteur, cette nouvelle génération de cinéastes qui expriment traumatismes et réflexions à travers leurs œuvres[6]. Après presque dix années d’activité, Bidayyat a fermé ses portes en 2021, à la suite, entre autres, du départ de nombre de cinéastes qui ont à présent trouvé refuge en Europe principalement. La stabilité dans le pays n’est cependant toujours pas garantie, puisque Bachar al-Assad et son régime ont réussi à se maintenir au pouvoir, ce qui ne laisse guère d’espoir de retour dans l’immédiat à ces cinéastes[7].

Avant les événements de 2011, l’existence d’un système de censure en Syrie permettait difficilement aux cinéastes de montrer leurs œuvres dans leur propre pays[8]. Lorsque la guerre a éclaté, l’acte même de filmer est devenu dangereux. Le régime redoute en effet les personnes qui font des images, alors que lui-même en produit : elles ont ainsi pu se voir confisquer leur équipement et leurs disques durs au mieux, mais aussi être emprisonnées, torturées ou tuées[9]. Les téléphones portables, les caméras légères (tel le Canon 700D) et les petits enregistreurs (Zoom H1) se sont alors révélés des outils essentiels pour pouvoir filmer discrètement.

Ce contexte de production rend parfois difficile la circulation des films. D’une part, nombre de cinéastes ont signé leurs films à l’aide de pseudonymes afin de préserver leur anonymat et ne pas se mettre en danger ainsi que leurs familles[10]; d’autre part, il n’est pas possible d’avoir directement accès en ligne à certains films, comme ceux réalisés dans le cadre du programme Syrian Stories en partenariat avec le Scottish Documentary Institute (SDI) en 2017[11]. Il s’agit là encore de protéger les cinéastes et parfois même les protagonistes des films[12].

Les formations données par Bidayyat suivent l’exil des jeunes Syriens et Syriennes qui sont amenés à quitter le pays, et ont donc lieu au Liban, en Jordanie et en Turquie[13]. Il est à noter que les formations ont également été ouvertes aux populations libanaise et palestinienne. Ce sont des formations qui traitent de tous les aspects de la conception et de la fabrication d’un film documentaire (scénario, photo, son, montage), et dans lesquelles interviennent des professionnels de la région (comme le réalisateur libanais Ghassan Salhab).

Plusieurs films de Bidayyat ont circulé dans des festivals de cinéma internationaux – que ce soient les courts-métrages ou les longs-métrages (Venise-Semaine de la critique, Visions du réel, Cinéma du réel, Jihlava, International Documentary Film Festival Amsterdam [IDFA], etc.), ce qui a donné une certaine visibilité à l’organisation et aux cinéastes, visibilité qu’ils ne peuvent pas avoir en Syrie puisqu’il est très difficile pour ces films d’y être projetés. Les festivals ont par ailleurs pu contribuer à la professionnalisation de certains cinéastes, lorsque leur déplacement dans ces événements a été rendu possible.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Pignato, Justine

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2023

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2023. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/74561z/6014

Date de modification de la fiche

2023-05-29

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