Les méthodes de restauration à l’épreuve : le nettoyage des rayures - Texte 6
Le nettoyage des rayures et l’intégrité du film
Si la duplication des images photographiques en format numérique a des conséquences importantes sur les plans technique et conceptuel ainsi qu’en matière de conservation, cette pollinisation croisée n’est pas sans intérêt. Tirant le meilleur des deux mondes en intégrant des procédés à la fois analogiques et numériques au processus de restauration de films, cette approche a permis d’améliorer significativement l’aspect des copies de films muets réalisées. Les rayures font partie de l’histoire de toute copie, mais il serait idiot de ne pas tenter, lorsque c’est possible, de supprimer au moins les plus évidentes. Il n’y a aucun mal à réparer ce qui ne pourrait pas l’être autrement à l’aide de pixels, même s’il ne s’agit pas de grains de bromure d’argent.
Cependant, la question complexe du maintien de l’intégrité du film – à savoir, où cette intégrité commence-t-elle? – se pose avec force. Quand on admire une table en bois du XVIIe siècle, les rayures contribuent tellement à son « aura » que le propriétaire aime penser qu’elles font partie de l’histoire de cet objet. Il grimacerait à l’idée qu’on lisse parfaitement sa surface au papier de verre, car l’opération altérerait beaucoup la valeur de cette table. Lorsqu’une fresque ancienne est trouvée sous forme de fragments, les spécialistes de la restauration d’œuvres d’art en réparent ce qu’ils peuvent et laissent le reste intact. Plusieurs poèmes de Sappho et la Vénus de Milo exposée au Louvre sont incomplets. Il serait merveilleux de pouvoir lire et voir ce qui manque ici, mais cette absence ne nous empêche pas d’admirer ces œuvres telles qu’elles sont. La question de savoir pourquoi le public ne supporte pas les rayures et les discontinuités dans les films muets au point de vouloir les supprimer ou les combler dès que c’est possible est trop importante pour être ignorée ou réduite à une réflexion philosophique superflue. Elle sera abordée dans la dernière partie de ce parcours.
