Construire – et détruire – un décor, sous les ordres du chef constructeur - Texte 5
Casser un décor, soit valider le fait que tous les plans nécessaires ont été obtenus dans un lieu donné, peut être très symbolique (remettre les meubles à leur place initiale dans un logement loué pour l’occasion et partir) ou littéral : la fin du making-of de Faubourg 36 expose ce moment assez incroyable de destruction où, en quelques plans/quelques heures, le contreplaqué est mis au sol par des machines et où le terrain occupé redevient vague, sans vestige de ces semaines passées à arpenter les fausses rues reconstituées du Paris de 1936. On ne saurait mieux ressentir ici ce qu’André Bazin appelle le complexe de Néron, soit « le plaisir que l’on prend à la destruction des espaces urbains[4] ». Voir instantanément détruit le fruit du travail de centaines de personnes, après des milliers d’heures de travail, est à la fois dérisoire et révélateur de l’énergie et des techniques exigées pour fabriquer un film. Ces images exposent aussi clairement l’enjeu principal du chef décorateur — ainsi que de tout technicien du film —, soit créer un espace éphémère, à usage unique, dont seule compte l’image qui, elle, a vocation à rester dans l’imaginaire collectif.
