Perceptions d’une pratique émergente aux États-Unis - Texte 2

Comment la presse réagit-elle concrètement à l’émergence de cette pratique dans une industrie cinématographique alors en plein essor? Il faut dire qu’à l’époque, le terme editing renvoyait parfois à la mise au point ou à la révision d’un scénario, une opération visant à produire un document de travail aussi concis et, idéalement, aussi convaincant que possible, ce que l’on appellerait aujourd’hui en français le « découpage » (continuity script). Cette ambiguïté sémantique s’explique par le fait que l’écriture du scénario peut influencer à la fois le découpage (avant le tournage) et le montage (réalisé en postproduction). L’interdépendance des deux formes d’editing – celle qui relevait des coupes opérées dans les pages des continuity scripts, et celle qui relevait des coupes sur pellicule – était telle que l’une des tâches des journalistes de la presse spécialisée de l’époque consista justement à les démêler l’une de l’autre pour révéler la singularité de chacune.

À mesure que le terme editing est de plus en plus souvent employé pour désigner le montage réalisé en postproduction – une opération qui, à divers degrés, construit le film par différents procédés éditoriaux de sélection, d’expérimentation et de retouches – les praticiens et les critiques empruntent l’une ou l’autre des deux directions opposées qu’on voit alors émerger. D’un côté, on assiste à la codification par le montage de ce qui est formellement inscrit dans le découpage, durant la mise au point du scénario. De l’autre, la diversification des pratiques regroupées sous la bannière du terme editing a favorisé un assouplissement des exigences de fidélité à la fois envers le scénario original et envers ses suggestions de coupes, conformes aux normes qui tendent à s'imposer à l’écrit, ce qui permit l’émergence d’un nouveau stade dans l’opération de montage, et la possibilité d’une révision plus créative.

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