Perceptions d’une pratique émergente aux États-Unis - Texte 1
Il semble que ce soit vers 1912 que la presse spécialisée américaine ait commencé à s’intéresser aux pratiques de montage cinématographique. Cette année-là, un sondage relevant « une certaine tendance au sautillement » parut dans le magazine Moving Picture World, comme si, pour reprendre les mots d’E.W. Sargent, collaborateur de ce périodique, toutes les sociétés de production « s’étaient fait piquer par une mouche à feu[1] ». Adeptes du montage alterné, qu’ils ont contribué à populariser, la Biograph et D. W. Griffith étaient vus comme les instigateurs de cette nouvelle tendance, tandis que l’adoption plus tardive de ce procédé par d’autres sociétés cinématographiques contribua à l’augmentation du nombre de plans par bobine. Bien sûr, les « ratios de coupes » (cutting rates) – c’est-à-dire le nombre de plans par 1000 pi de pellicule – ne gagnèrent pas en importance de la même façon partout. Par ailleurs, lorsque ces augmentations survinrent, elles émergèrent parfois de façon plus ou moins erratique au sein d’un même studio. De plus, alors que la pratique du montage s’est développée, dans les années 1910, les revues spécialisées en ont pris bonne note et les mentions du terme editing se sont multipliées après 1915.