Les cadres conceptuels de la conservation et de la restauration de Beyond the Rocks

Le cas de Beyond the Rocks montre à quel point le virage numérique favorise une plus grande prise en compte des utilisateurs dans les choix technologiques[1]. Ce film, en raison de la popularité de ses acteurs, en particulier celle de Valentino, appartient au public. L’annonce de la découverte des pellicules suscita donc bien des attentes. Cela influença sans doute les choix des restaurateurs, notamment celui de multiplier les dispositifs de présentation du film. À l’inverse, c’est grâce à cette diversité de dispositifs que Beyond the Rocks parvint à toucher un public beaucoup plus large qu’à l’habitude[2].

La première étape de la restauration de Beyond the Rocks constitue un bel exemple du cadre conceptuel du « film comme original ». En effet, l’artefact original découvert par le Eye a été dupliqué, image par image, par un procédé photochimique, de façon à préserver à l’identique l’unique copie du film qui avait été trouvée, et ce, même si celle-ci était parfois trop endommagée pour être récupérée. De plus, tous les « originaux » possibles conçus à partir de cet artefact furent restaurés, tant la version néerlandaise avec ses intertitres en néerlandais que la version américaine avec ses cartons en anglais créés à partir du scénario dialogué. Si le projet s’en était tenu à ces deux versions, le « film comme original » en aurait été le cadre conceptuel dominant.

Mais Beyond the Rocks est aussi représentatif d’une double logique de convergence/divergence[3], puisque toutes les techniques dont on disposait en 2005 furent testées et, dans la plupart des cas, employées pour produire une des sept versions qui existent aujourd’hui. Haghefilm n’hésita pas à combiner et à adapter des procédés tant photochimiques que numériques pour dupliquer la copie nitrate, unique et fragile. Par exemple, un scan à la pointe de la technologie fut équipé d’une fenêtre à tirage humide et alimenté à la main, image par image, afin de capturer tous les détails de cette pellicule de soixante-dix ans d’âge. Au final, cette restauration fut un compromis visant à faire tout ce qui était financièrement et techniquement possible pour rendre le film le plus net, le plus stable et le plus agréable possible à regarder, tout en restant au plus proche de l’original. La restauration de Beyond the Rocks n’est toutefois pas complète, puisque la moitié environ des défauts n’ont pu être corrigés. Si la technologie numérique et les moyens l’avaient permis, une des versions aurait sans doute été restaurée intégralement, ce qui aurait alors placé l’entreprise dans un tout autre cadre conceptuel, celui de la restauration comme simulation.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Saccone, Kate

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/58827d/3962

Date de modification de la fiche

2022-03-18

Se conforme aux schémas

Export