Des masques avec contrôleurs aux implants sensorimoteurs - Texte 5
À l’heure actuelle, la plupart des grandes compagnies sont engagées dans une sorte de course à la réalité virtuelle et augmentée. Elles développent ainsi des appareils, mais aussi des plateformes — des plateformes de création ou de diffusion, des plateformes de partage et de collaboration —, comme ARCore de Google, ARKit de Apple et Mesh de Microsoft. L’horizon de tous ces développements est la convergence de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée dans la réalité mixte et la XR (extended reality). Le récent repositionnement de marque effectué par Facebook, renommé Meta — Meta comme dans metaverse —, manifeste exemplairement le programme sociopolitique, esthétique et commercial de ces entreprises : faire dialoguer l’espace physique et les environnements virtuels, la ville et le Web, pour transformer le monde entier en une sorte de méga-réseau social, qui soit à la fois une agora, un espace de jeu, un espace de surveillance et un marché — sur le modèle, inaugural, de Habbo Hotel (Sulake, 2001) et de Second Life (Linden Lab, 2003), ou, plus récemment, du VRChat (Steam, 2014) —, mais mixte — en ligne et hors ligne —, un véritable social XR.
Pendant ce temps, certains laboratoires universitaires ou industriels de technologie et de biotechnologie travaillent déjà sur une nouvelle génération d’appareils individuels qui vont, au-delà du contact entre l’interface technologique et l’interface naturelle, jusqu’à l’incorporation de l’interface technologique : sur la peau, avec des verres de contact pour la réalité augmentée ou virtuelle, comme eMacula (Innovega, en développement et présenté en 2019) et la Mojo Lens (Mojo Vision, en développement et présentée en 2020); au-delà de la peau, avec les implants organiques, cristallins, comme le télescope CentraSight (Centrasight, 2010), le « intraocular device » de Google (Google, 2014) et la Bionic Lens mécanique (Ocumetics Technology, 2015); au-delà des organes, avec les implants rétiniens, comme l’Argus (Artificial Retina Project et Second Sight, approuvé en 2011); au-delà même des nerfs, avec les implants neuronaux, comme ceux que développent Arthur Lowery et Yang Dan, qui permettent ainsi de voir sans yeux.
