Introduction - Texte 1
Le présent parcours se focalise sur l’« immersion sensorielle» et, plus précisément, sur l’histoire des technologies et des techniques qui produisent cette immersion au cinéma. Précisons d’abord que l’immersion est loin d’être une notion simple et uniforme. Elle est plurielle, et son sens dépend à la fois du contexte historique dans lequel elle se trouve employée, de la discipline ou du groupe social qui l’appréhende, tout autant que de l’imaginaire des formes qu’on lui associe. Il est aussi important de rappeler que l’immersion cinématographique ne se limite pas à l’immersion sensorielle (ou physique), mais intègre également tout un champ renvoyant à ce que l’on pourrait appeler « l’immersion mentale » et qui désigne la capacité du film à impliquer le spectateur dans un univers diégétique au sein duquel on accepte de se « projeter » le temps de la fiction. À ce titre, certains auteurs vont jusqu’à substituer la notion à « d’autres modes de conceptualisation plus anciens des formes médiatiques, comme le problème du “réalisme” ou de “l’effet de réel” au cinéma[1] ». On peut en effet trouver le terme employé dans le cadre de réflexions narratologiques sur les conditions d’une immersion fictionnelle, jouant la carte de la pénétration du spectateur à l’intérieur de l’espace diégétique, et contribuant ainsi à produire une forme d’immersion « mentale » participant à l’impression de réalité des formes cinématographiques[2].
L’immersion sensorielle qui nous intéresse ici dépend principalement de nombreuses avancées techniques qui ont jalonné l’histoire du cinéma et permis d’augmenter l’expérience sensorielle du spectateur. Elle peut donc être définie par les principales techniques qui ont permis, ou permettent, cette « augmentation » : la projection en format large, l’accélération du défilement de l’image, l’utilisation d’un système sonore immersif, la projection en relief, etc. Les trois premières parties de ce livre sont consacrées à l’histoire des formats larges et couvrent trois périodes distinctes : celle des premiers dispositifs immersifs; celle de l’âge d’or du cinéma immersif dans les années 1950 et 1960; et celle allant des années 1970 à aujourd’hui avec l’IMAX puis le numérique. L’histoire de la projection en relief fait quant à elle l’objet de la quatrième partie de ce parcours, alors que l’histoire du son immersif est abordée dans la cinquième partie.
