Histoire du son immersif au cinéma - Texte 3
Après la Seconde Guerre mondiale, l’expérience des projections magnascopiques connaîtra un retour éphémère avec le superbe film Portrait of Jennie de William Dieterle, réalisé en 1948. Dans le film, la séquence finale en couleurs était présentée avec une image plus grande, et le son était reproduit dans toute la salle. La complexité du procédé image et son en réduisait son utilisation à grande échelle et tomba rapidement dans l’oubli. Par ailleurs, il est à souligner que cette production magnascopique eut recours à un procédé de double bande magnétique, offrant de meilleures performances qualitatives à la bande sonore, mais d’un coût prohibitif pour l’époque.
Le son immersif au cinéma renaîtra de manière spectaculaire avec le procédé Cinerama de Fred Waller en septembre 1952. Les avancées technologiques, conséquences des recherches menées durant la Seconde Guerre mondiale, allaient permettre la mise au point de nouveaux systèmes d’enregistrement sonore magnétique. Les possibilités de systèmes multicanaux faciliteront l’immersion sonore par l’utilisation de pistes sonores exclusivement destinées aux sons arrière. Pour la première fois dans l’histoire du son au cinéma, les spectateurs sont littéralement englobés de sons haute-fidélité et stéréophoniques à quatre canaux arrière! Les effets sonores stéréophoniques enregistrés sur des pistes discrètes sont exceptionnels et augmentent de manière considérable l’intensité dramatique du film.
Le procédé Cinerama, qui reste en marge de l’exploitation cinématographique conventionnelle, connaîtra de nombreuses évolutions technologiques comme le développement d’un système d’amplification à transistors donnant plus de réalisme à la bande sonore, mais les améliorations les plus conséquentes viendront des concurrents, le Cinemiracle américain et le Kinopanorama russe, qui augmentèrent au début des années 1960 le nombre de pistes sonores en ajoutant deux groupes de haut-parleurs au plafond.
L’expérience audiovisuelle du Cinerama allait déclencher un engouement sans précédent dans l’histoire du cinéma, qui basculera dans la période de l’écran large et de la stéréophonie. Le CinemaScope en 1953 et le Todd-AO 70 mm en 1955, qui proposaient des systèmes stéréophoniques, allaient aussi reprendre (de manière plus simple) le principe de l’utilisation des sons arrière du Cinerama afin d’intensifier le climat dramatique des séquences principales des films. Si la qualité qu’offrent les sons magnétiques était au rendez-vous, malheureusement, le fait que les sons arrière étaient monophoniques en réduisait leur impact sensoriel.
