La perception cinématographique : une rencontre du rythme métabolique humain et de l’image en mouvement - Texte 1
Perception du mouvement
Une observation attentive suffit à révéler que l’objet filmique repose sur une pluralité de sources rythmiques. Qu’elles émanent de variations lumineuses, de l’action elle-même ou encore de la musique, ces composantes participent à l’instauration d’une cadence propre à l’œuvre. Si certains rythmes cinématographiques résultent d’un choix artistique délibéré, d’autres entretiennent quant à eux un lien plus direct avec la physiologie humaine, et plus particulièrement avec notre système visuel. Ils se révèlent parfois nécessaires à notre appréhension d’une œuvre et paraissent précisément calqués sur notre rythme interne.
La notion de rythme appliquée au cinéma est assurément reliée à celle du mouvement et, par extension, à notre capacité à percevoir celui-ci. À l’heure actuelle, percevoir la dimension mouvante d’un film semble aller de soi. Pourtant, le sujet fait couler beaucoup d’encre lorsqu’apparaissent les premières images en mouvement. La théorie de la persistance rétinienne constitue la première théorie importante visant à élucider cette aptitude biologique. Elle attribue à la rétine une perception rémanente du sujet observé, capable de provoquer une impression de fusion entre différentes images se succédant[1]. L’origine de cette théorie est débattue. Certains la rattachent aux observations stroboscopiques du physicien Peter Mark Roget et à son texte « Explanation of an Optical Deception in the Appearance of the Spokes of a Wheel Seen Through Vertical Apertures » de 1824[2], d’autres aux réflexions oniriques du poète romain Lucrèce[3]. La source la plus plausible demeure toutefois les travaux du physicien belge Joseph Plateau (1801-1883) ayant abouti à l’invention de son jouet optique, le phénakistiscope (dont l’étymologie provient du grec phenax -akos, « trompeur », et skopein, « examiner »)[4]. Par la suite, d’autres chercheurs parmi lesquels William Stern[5], Karl Marbe[6] et Ernst Dürr[7] se pencheront également sur la question, proposant des compréhensions variées de cet effet assimilant que causerait la constitution biologique de l’œil.