Le cinéma 3D et l’effet d’émergence - Texte 3

Or, l’effet d’émergence pose parfois des problèmes de réalisme, « ce phénomène attir[ant] l’attention des spectateurs sur la présence de l’écran[6] », en plus d’être considéré comme vulgaire par rapport aux effets de profondeur, vus comme plus « artistiques[7] ». Par ailleurs, les revenus générés par la stéréoscopie ne sont pas jugés rentables par rapport aux investissements requis dans les années 1950. En effet, pour une projection en 3D, en plus d’un écran métallique et de lunettes permettant la perception des images stéréoscopiques, quatre projecteurs sont requis : en effet, deux projecteurs doivent fonctionner simultanément (un pour chaque œil), ce qui entraîne des difficultés de synchronisation, et les changements de bobines nécessitent une seconde paire de projecteurs. En raison de ces problèmes multiples, la « révolution du relief » ne dure pas et se conclut vers 1954-1955[8], l’industrie se tournant alors vers d’autres types d’innovations.

Cela met fin à cette période importante dans l’histoire de la stéréoscopie, souvent désignée comme l’âge d’or du cinéma en relief, mais qui a néanmoins été précédée d’autres moments importants où l’effet d’émergence était également convoqué. Par exemple, en 1935, Louis Lumière avait proposé un nouvelle version tridimensionnelle de sa vue L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat (1895) en utilisant la méthode anaglyphique. Et après la vague des années 1950, la production 3D s’est poursuivie surtout dans des lieux parallèles aux salles commerciales, par exemple dans les parcs d’attractions et les salles spécialisées comme IMAX 3D. Pendant les années 1980, une autre vague, moindre, surgit dans les salles de cinéma, avec la sortie de plusieurs films d’horreur en 3D, notamment Friday the 13th Part III (1982), propices à l’usage de l’effet d’émergence. Mais c’est avec la déferlante numérique des années 2000 que les nouvelles technologies permettent un retour remarqué du relief dans les salles de cinéma, notamment à travers plusieurs films de genre à très grand déploiement, comme Avatar (James Cameron, 2009) et Gravity (Alfonso Cuarón, 2013), mais aussi des films d’auteurs et des documentaires, comme Cave of Forgotten Dreams (Werner Herzog, 2010), Pina (Wim Wenders, 2011), Hugo (Martin Scorsese, 2011) et Adieu au langage (Jean-Luc Godard, 2014). Tous ces films misent majoritairement sur des effets de profondeur immersifs en parallaxe positive plutôt que sur des effets de relief émersifs, même s’ils en font aussi usage, dans une moindre mesure.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/48225j/4969

Date de modification de la fiche

2022-11-21

Se conforme aux schémas

Est un média associé au contenu

Export