Tirage et diffusion des films - Texte 2

Mais ce passage par la caméra optique ou numérique n’est pas forcément une étape de simple tirage. En effet, l’usage de la caméra optique connue sous le nom de truca permet de créer une animation à double image.

Outre la production d’un négatif [explique Pierre Hébert] l’opération fondamentale faite sur la caméra optique est le double des images, car je grave à double image, 12 images par seconde et non 24. Ceci pour trois raisons : premièrement, en gravure sur pellicule, on atteint rapidement les limites de finesse du repérage et en général on ne peut pas vraiment profiter de la précision plus grande, théoriquement permise par l’animation à 24 images par seconde; deuxièmement, le doublage permet que chaque trait apparaisse deux fois exactement au même endroit, ce qui donne plus de solidité perceptuelle aux dessins; troisièmement, le travail va deux fois plus vite[9].

Si elle n’est pas adoptée par tous, il n’en reste pas moins que cette manière de pratiquer l’animation sur pellicule implique l’usage paradoxal d’une caméra au moment de l’étape en laboratoire. « Il n’est donc pas exact », comme l’écrit Hébert, « de dire que l’animation sur pellicule se fait sans caméra[10] ». Si un coût supplémentaire peut être occasionné par cette étape, Pierre Hébert souligne qu’il s’agit d’une « opération de routine[11] » finalement peu onéreuse, ce qui explique sans doute son utilisation dans le cadre de la production des films d’animation artisanaux de l’ONF (usage décrit par Hébert en 1979).

Enfin, une réflexion technique doit être menée par les animateurs sur la pellicule à utiliser pour le tirage des copies. En effet, notamment en ce qui concerne les productions en noir et blanc, une pellicule haut contraste est privilégiée pour tirer le négatif, avant de tirer les copies sur une pellicule normale. La raison en est la nécessité d’une distinction forte entre le trait dessiné et le fond, qui passe par un contraste important entre le blanc et le noir, d’où l’importance de réaliser des tests d’exposition pour le tirage du négatif. Pierre Hébert signale qu’il convient de « fournir aux techniciens une image gravée comprenant à la fois de grandes surfaces et des lignes très fines rapprochées les unes des autres [et de demander] que soit fait un test d’exposition couvrant les possibilités d’ouverture d’un extrême à l’autre[12] ». Et le cinéaste de préciser « qu’il est très important que tout le travail soit fait sur la même caméra optique que celle qui servira à faire le test, car les résultats varient d’une caméra à l’autre[13] ». Or, l’approche change si le film est pensé en couleurs. Il s’agit alors de colorer les images à l’aide de différentes encres, par exemple, et de produire les tirages sur des pellicules couleur, ces dernières ayant en général de meilleurs contrastes que celles en noir et blanc : il n’est donc pas nécessaire de passer par la pellicule haut contraste pour produire les copies destinées à l’exploitation. Aussi infimes et subtiles soient-elles, toutes ces variations témoignent bien de la manière dont la technique est appréhendée à l’ONF, c’est-à-dire avant tout comme un espace d’expérimentation plastique.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/451453/111

Date de modification de la fiche

2021-02-23

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