L’enregistrement et la transmission électrique des sons… et des sentiments - Texte 2
À partir des années 1930, les films présentant des studios de radio, des transmissions en direct d’un événement crucial et des émissions variées se multiplient. Certains musiciens profitent du cinéma pour renforcer leur succès sur disques, en tournée ou à la radio. Ray Ventura et son orchestre sont par exemple mis en vedette dans Nous irons à Paris (Jean Boyer, 1950), film qui raconte l’histoire d’une radio clandestine. Les meilleurs morceaux de l’orchestre populaire y sont interprétés face à un micro dans chaque séquence, le succès du film entraînant une multiplication des comédies populaires avec chansons à la radio : Cent francs par seconde (Jean Boyer, 1953), Boum sur Paris (Maurice de Canonge, 1954), etc.
Au milieu des années 1970, alors que les médias sonores (transistors, hi-fi) sont devenus d’une grande banalité, Robert Altman utilise, dans Nashville (1975), le studio d’enregistrement comme lieu de l’action. Dans la première séquence du film, les détails de l’enregistrement d’une sorte d’hymne patriotique à la sauce country permettent de suivre les différents musiciens, le chanteur dans sa cabine, les chœurs dans une autre. On peut vérifier, en comptant les VU-mètres, que la table de mixage comporte 16 pistes. Le film lui-même, comme le précise le générique, a été enregistré sur un magnétophone de huit pistes. Et, dès les premières images durant lesquelles une camionnette diffuse le discours politique d’un candidat, on comprend à quel point Altman aime jouer avec les différentes prises de son. Les voitures se font entendre, puis une caisse claire, suivie d’une laptop guitar et d’un banjo, et enfin la voix du chanteur accompagné de chœurs. La multiplicité des pistes nous fait circuler au milieu du chaos sonore de la capitale du Tennessee, lieu important de l’industrie du disque. Même dans le grand studio d’enregistrement, Altman s’amuse à montrer deux sessions en parallèle : d’un côté, une prestation country nationaliste exclusivement blanche; de l’autre, l’interprétation d’une chanteuse de gospel blanche accompagnée des Jubilee Singers, un chœur noir créé en 1871 et célèbre pour ses spirituals interprétés a cappella. Dans ce film choral, les différences politiques s’entendent ainsi d’un studio à l’autre, derrière les vitres où les ingénieurs du son enregistrent des chansons très diverses.
