Définition et premiers dispositifs immersifs - Texte 1

Plonger le spectateur dans une salle obscure où il est surplombé d’un écran lumineux peut déjà être vu comme un effort pour l’immerger dans le contenu projeté. Les attractions des premiers temps pourraient également se voir dotées d’une valeur immersive, tout comme les premières expériences sur le son et la couleur. On pourrait alors arguer que le cinéma a toujours tendu vers une forme d’immersivité sensorielle, qui lui serait consubstantielle. Les dispositifs dont il est question ici ont la particularité d’avoir proposé de combiner différentes techniques pour augmenter l’immersion sensorielle du spectateur et le « placer dans l’image » (pour reprendre l’un des slogans des films Cinarama), principalement en proposant des films dans des formats larges (avec un ratio de projection supérieur aux ratios standards obtenus avec une pellicule 35 mm classique) et avec des systèmes de son multicanaux[1].

Toutefois, il faut signaler que certaines techniques, innovantes à un moment donné, ont ensuite pu devenir des normes. Ainsi, beaucoup ont été assimilées par l’industrie cinématographique et sont, avec le temps, devenues communes et non plus particulièrement spectaculaires. C’est par exemple le cas du CinemaScope. La société américaine Twentieth Century-Fox en a acheté le brevet en 1952, principalement pour proposer des films à grand spectacle dans un format plus large. Aujourd’hui, les formats de projection hérités du CinemaScope sont conventionnels. À l’inverse, d’autres procédés difficilement compatibles avec le cinéma narratif et sa nécessité d’immersion mentale ont été rejetés par le septième art, car une trop grande sollicitation sensorielle semblerait aussi « sortir » le spectateur du contenu du film[2]. Ce fut par exemple le cas des propositions liées aux cinémas hémisphérique, circulaire, dynamique et/ou olfactif, que nous n’aborderons pas ici[3].

La plupart de ces dispositifs immersifs ont été proposés aux États-unis dans les années 1950, mais l’un des premiers et des plus représentatifs a été présenté en France en 1927. Il s’agit du « Triple écran », breveté par Abel Gance lui-même pour son film Napoléon. Gance était un cinéaste novateur qui, à plusieurs reprises, a cherché à réinventer le langage cinématographique en exploitant les possibilités de la technique. Le système Triple écran, baptisé « Polyvision » par le critique Émile Vuillermoz, permettait de projeter trois images côte à côte et de proposer ainsi une image trois fois plus grande en largeur que les images habituelles (trois fois le ratio 1,33:1, conventionnel à l’époque, soit un ratio total de projection de 4 sur 1[4]). Abel Gance pouvait ainsi proposer des scènes avec trois images différentes accolées, ou avec une seule et même image dans un format panoramique[5]. Dans le dernier cas, l’image étaient composée de trois images filmées au préalable avec trois caméras placées côte à côte. En 1935, Gance proposa d’accompagner le Polyvision d’un système sonore immersif : la Perspective sonore[6], dont il est l’inventeur avec André Debrie.

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Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

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© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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Date de modification de la fiche

2022-03-04

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