Le Cantar - Texte 2

Le Cantar a été pensé pour être « tout-terrain » et polyvalent, c’est-à-dire qu'il peut être installé sur une table roulante tout autant que porté à l’épaule. Il est donc destiné à une utilisation à la fois en fiction et en documentaire, en extérieur comme en studio. Cet appareil peut ainsi servir lors de la mise en place d’un dispositif de prise de son complexe, comprenant de nombreuses entrées et de nombreux paramètres à gérer pour l’ingénieur du son, ou encore comme dispositif plus léger et plus souple, porté en bandoulière avec perche à la main, lors d’un enregistrement d’ambiance en extérieur par exemple. Précisons tout de même que le Cantar n’a pas vraiment été conçu pour moduler les entrées en cours de prise. La disposition des nombreux potentiomètres ainsi que le choix du rotatif et non du rectiligne ne permettent pas le travail d’ouverture et de fermeture rapide et dynamique des entrées. Pour moduler en direct, il faut s’équiper d’une surface de contrôle avec faders reliée au Cantar : la Cantarem[7].

Notons également que le Cantar est plus cher que les autres enregistreurs sonores numériques multipistes sur le marché, positionnant Aaton dans le très haut de gamme. En janvier 2004, l’appareil coûtait aux alentours de 12 000 euros sans options, contre environ 9500 dollars pour le DEVA II de Zaxcom. De nombreux ingénieurs du son n’ont pourtant pas perçu ce prix élevé comme un véritable défaut en raison des performances techniques de l’appareil et de son ergonomie, très supérieures à celles de ses concurrents.

Un appareil qui fait le lien entre l’homme et la machine

Le Cantar est surtout le premier appareil de prise de sons numérique à offrir une ergonomie « pensée pour la main », qui est très différente du reste des machines équivalentes disponibles sur le marché au même moment. Il suffit de le comparer avec les autres appareils comme le Nagra-V, le DEVA ou le Portadrive de HHB.

Par ce renouveau ergonomique, Beauviala concrétise sa volonté de rupture avec le paradigme de conception établi par le Nagra, dont les branchements se font sur le côté et perpendiculairement à la machine, et où les potentiomètres sont disposés sur la face avant. Sur le Cantar, ce qui doit être manœuvré pendant l’enregistrement est sur le dessus de la machine, les indicateurs sont sur la façade avant, et les branchements se font par le dessus et quasi parallèlement à l’appareil, ce qui forme une nouvelle protection contre les chocs et évite de donner à l’appareil un aspect « hérissé » (selon la formule de Jean-Pierre Beauviala). Le confort de l’opérateur, qui peut laisser reposer sa main sur la face supérieure de la machine, et la maniabilité de l’appareil s’en trouvent grandement améliorés.

Il s’agit de « profiter » du numérique, qui permet de disposer les éléments plus librement, puisqu’un enregistreur sur disque dur ne nécessite plus de bobine et de têtes magnétiques, qui devaient nécessairement se trouver sur le dessus de l’appareil. La mixette, disposée sur le dessus du Cantar, permet par ailleurs à l’ingénieur du son de réaliser un mixage final in situ. C’est un détail très révélateur, qui est également au cœur de la philosophie de la conception de l’appareil. Ce mixeur représente la possibilité pour l’ingénieur du son de concevoir durant le tournage son interprétation du son, c’est-à-dire de conserver un rôle créateur et de ne pas être seulement un « compileur » de fichiers ou un fournisseur de matériau brut, de données. Ce mixeur peut être vu comme l’élément qui opère un lien entre les Nagra magnétiques et le monde numérique. Il permet à l’ingénieur du son de fournir une bande-son relativement fidèle à sa vision personnelle du son du film dès la diffusion des épreuves de tournage. Il peut ainsi s’approprier le matériau enregistré, et ne pas tout déléguer à la postproduction.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Identifiant

ark:/17444/40357f/2351

Date de modification de la fiche

2020-12-15

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