Prolonger un décor, un travail (très) spécial - Texte 9
Cette nouvelle technologie, notamment développée pour la série de Disney+ The Mandalorian (Jon Favreau, 2019-2020) par la société d’effets visuels ILM et intitulée StageCraft (un écran de 6 mètres de haut et de 22 mètres de long, incurvé, qui englobe la scène en un arc de cercle à 270 degrés) repose sur des principes anciens de découverte, de décor peint, de transparence et de projection frontale, et s’adapte plus facilement aux choix de mise en scène pendant le tournage, grâce à des moteurs de rendu issus de l’industrie du jeu vidéo (moteur 3D Unreal Engine d’Epic Games). Acteurs, cinéaste et chef opérateur peuvent ainsi voir et interagir directement avec le décor projeté, contrairement à lorsque sont utilisés des fonds bleus et verts, et, comme ce qui est affiché sur les murs LED est calculé et rendu en temps réel, tout concorde dans les déplacements entre la caméra, les mouvements des interprètes et les images affichées par les écrans LED. La parallaxe et l’éclairage sont ainsi calculés et rendus pendant la prise de vues, à partir de la position de la caméra et de l’interprète, pour obtenir un résultat proche de celui d’un tournage en décor réel. Le recours à des images « visibles » sur le plateau de tournage, sans que le spectateur y voie une différence notable par rapport à d’autres productions du même genre et aux moyens équivalents, semble être une pratique qui pourrait progressivement se généraliser dans les années à venir, grâce à la création d’un environnement immersif dynamique entièrement photoréaliste et interactif.
Ces extensions de décors « visibles » semblent donc répondre à un besoin existant dès les débuts du cinéma, avec l’utilisation notamment des maquettes peintes ou en volume, ou bien des transparences (arrière-plan rétroprojeté). L’évolution et la transformation des techniques, qu’elles soient par ailleurs visibles ou non — car le recours aux fonds verts ou bleus reste toujours dominant — ne remettent pas en question l’enjeu essentiel de l’utilisation des trucages dans la scénographie d’un film : celui de prolonger ou de créer entièrement un décor, si ce n’est un environnement ou un univers, de la manière la plus crédible aux yeux et à l’esprit des spectateurs, et ce, dans des logiques pouvant satisfaire à la fois une vision artistique, des coûts économiques et le confort de travail d’une équipe.
