Prolonger un décor, un travail (très) spécial - Texte 6
Les coulisses de l’usage de transparences pour Rivière sans retour (River of No Return, Otto Preminger, 1954) montrent les enjeux de ce décor projeté : permettre aux acteurs d’être au chaud, hors danger, et faciliter des prises de vues qui nécessiteraient une logistique complexe sur une rivière réelle…
Si certaines techniques existent aujourd’hui toujours telles quelles, d’autres ont trouvé des équivalents numériques, dès les années 1990, mais avec la même quête de perfection qui prédominait du temps de l’âge d’or des décors en studio. Devenues omniprésentes avec l’essor de l’informatique dans la production cinématographique, les techniques d’incrustation sur fonds verts et bleus, qui existent pourtant sous divers procédés analogiques depuis les années 1920, offrent une multitude d’effets d’extension et de création de décors, partiels ou complets, se généralisant depuis les années 1990 dans l’industrie du cinéma. Un fond vert derrière le praticable d’un décor en studio présentant des ouvertures (de maison ou d’appartement, de voitures, de trains, de bateaux…) sera remplacé en postproduction par une pelure (décor réel tourné en extérieur, sans les acteurs, sur lequel sont ensuite intégrés les personnages filmés sur le fond coloré) ou par un matte painting numérique. Dans un espace naturel, le recours à des fonds verts ou bleus placés à des endroits stratégiques permet d’ajouter ou de prolonger des éléments d’un arrière-plan, sans que l’on devine sa nature partiellement factice. Il s’agit de leur emploi le plus répandu : même le cinéma d’auteur le plus « exigeant » (et bien souvent le moins propice à utiliser des effets spéciaux visuels) y a recours dans une logique de production pleinement intégrée et maîtrisée par le chef décorateur et le superviseur des effets visuels, qui travaillent conjointement à l’élaboration des décors réels et numériques. Selon les besoins, une équipe peut préférer tourner dans un studio entièrement composé d’un fond vert (cyclorama) afin d’incruster des éléments en prises de vues réelles (souvent des personnages en contact direct avec des éléments de décors réels ou des accessoires) dans un environnement entièrement en CGI (images de synthèse) ou en images composites.
