Prolonger un décor, un travail (très) spécial - Texte 5
Mais c’est essentiellement la technique du matte painting qui se développe « à grande échelle » à partir des années 1920 aux États-Unis ou au Royaume-Uni, grâce à Walter Percy Day, Albert Whitlock ou Peter Ellenshaw. Que ce soit sous la forme d’une maquette plane peinte sur glace claire ou sur carton, ou sous la forme d’une peinture sur cache (matte painting), la finalité est de proposer une extension de décor à moindres frais. Les peintures utilisées dans le film Henry V (Laurence Olivier, 1944) exposent la transformation qu’opèrent les matte painters : faire passer une image plane, de petite taille, pour un espace en trois dimensions, gigantesque. La vitre accueillant le décor ainsi réduit sera soit placée sur le plateau de tournage, entre la caméra et le décor à l'échelle 1:1, soit rajoutée à l’étape de la postproduction sur l’épreuve de tournage, selon le procédé du cache/contre-cache. Dans les deux cas, les éléments et les perspectives de la maquette peinte se raccordent avec ceux du décor existant, donnant l’illusion d’un seul et même décor.
Les trucages d’extension de décor du temps de l’analogique se retrouvent dans différentes typologies appartenant au domaine du décor et à celui des effets spéciaux et visuels. Les principales techniques observées depuis plus d’un siècle de création sont les peintures en trompe-l’œil; les découvertes peintes ou photographiques; les caches/contre-caches dans la caméra ou avec une tireuse optique; les miroirs et les maquettes peintes ou en volume (matte painting, miniatures, maquettes suspendues…) incrustés soit pendant le tournage, soit en postproduction; les décors en perspective forcée; les caches mobiles sur fonds noirs ou colorés en arrière-plan avec incrustation des décors en plusieurs étapes (travelling matte et tireuse optique); les projections de prise de vues (transparence, projection frontale).
