Le skateboard et son rapport d’attachement aux caméras - Texte 8

En d’autres mots, c’est par un effet d’accumulation de contenus valorisant la VX que la communauté affirme la place symbolique de cette caméra dans l’imaginaire. Si, auparavant, la caméra était présentée comme un gage d’authenticité et de qualité des contenus filmés, les nouveaux discours et objets, tels des hommages, rappellent plutôt la place qu’elle possède aujourd’hui dans l’histoire de cette communauté.

Rigidité de la communauté du skateboard

Dans sa thèse de doctorat, Glen Wood discerne une dynamique essentielle à la compréhension de la sous-culture du skateboard. L’industrie, en conjonction avec la communauté des skateurs, encourage une hiérarchisation des adeptes de ce sport. Il y aurait tout en bas ceux qui pratiquent le sport pour le plaisir; puis, ceux ayant accès à de l’équipement gratuit de la part de commanditaires (considérés comme des flows); ensuite, ceux qualifiés d’amateurs (ams), soit des semi-professionnels maigrement payés par les commanditaires; et enfin, tout en haut, les professionnels (pros) pour qui la pratique de ce sport est le principal métier. Glen considère que cette hiérarchie est autant le résultat d’une concertation entre les membres de sa communauté que d’un renforcement par l’industrie qui les incite à s’y conformer[7]. Ainsi, la peur de perdre son statut dans la hiérarchie traduisant une forme de révérence à l’égard des traditions de cette sous-culture force continuellement les créateurs de contenu à se plier aux normes préétablies[8]. Cela vaut autant pour le type d’équipement que pour le choix des vêtements et la sélection des manœuvres à réaliser.

Les caméras choisies par la communauté n’échappent certainement pas à cette dynamique hiérarchique. Par exemple, la filmeuse Shari White raconte avoir été obligée, dans les dernières années, d’acheter une Panasonic pour faire partie de l’équipe de filmeurs de la nouvelle production d’une compagnie, malgré le fait qu’elle possédait de l’équipement de qualité actuelle. Le souci esthétique semble être dans ce cas couplé à un désir de standardisation de la part des producteurs. Dans le reportage How Skateboarding Went HD, le filmeur Davonte Jolly soutient que son collègue William Strobeck a joué un rôle important dans l’adoption à long terme des caméras Panasonic lorsqu’il est arrivé avec son film Cherry en 2014[9]. William Strobeck explique, dans une entrevue accordée au podcast Nine Club en 2018, qu’il cherchait à se redéfinir et qu’il trouva sa propre esthétique à ce moment[10]. De nos jours, plusieurs personnes imitent son approche vidéographique en employant le servo zoom propre à ces caméras Panasonic. Le youtuber Ben Jones fait même une blague en ce sens dans une vidéo intitulée « How To Stop Filming Like Bill Strobeck », comme s’il fallait contrecarrer cette tendance. Tout ce qui y est présenté est la populaire caméra Panasonic HPX-170, son bouton servo zoom et la mention « zoom out for fuck sake[11] ».

Si la VX1000 était souvent utilisée comme sceau d’authenticité dans les publicités, on retrouve une méthode actualisée de ce mode de promotion avec les Panasonic, à la différence que ce sont les filmeurs et skateboarders qui mettent de l’avant la caméra, et non plus les compagnies. Sur les réseaux sociaux et les sites Web, ils se présentent souvent accompagnés d’elle de manière attrayante. Certaines photos ont un style plus improvisé, tandis que d’autres témoignent d’un contrôle éditorial rappelant les photos de mode. Tel un morceau de vêtement, l’objet confirme l’appartenance à une certaine classe de la communauté. Dans le cas des caméras Panasonic, c’est vraisemblablement celle des professionnels qui est visée.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Sansfaçon, Jean-Philippe

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/386512/6094

Date de modification de la fiche

2023-06-18

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