Les phases-clef - Texte 1
Là où les premières expériences d’animation étaient toujours produites « en temps réel », c’est-à-dire improvisées au fur et à mesure par les animateurs (on pense notamment à Émile Cohl), l’industrialisation du dessin animé marque un changement important dans la manière d’organiser la réalisation des dessins. On observe en effet à partir des années 1910 l’émergence d’un principe de planification de l’animation, visant à définir à l’avance la totalité du mouvement à réaliser avant de commencer à le produire. Les premières occurrences de cette approche sont à trouver non pas dans le domaine de l’industrie, mais du côté d’un autre pionnier qu’est Winsor McCay. Ce dernier inaugure en effet sur son film Gertie the Dinosaur (1914) une méthode qu’il nommera – sans la breveter – McCay split-system. L’idée est de dessiner les deux extrêmes d’un mouvement (début et fin), puis de dessiner une image présentant une phase intermédiaire (division du mouvement en deux parties), et par la suite de décomposer chacune de ces deux parties en deux phases égales, dans l’idée de reconduire la procédure autant de fois que nécessaire. Ce faisant, McCay peut obtenir des mouvements précis qu’il orchestre selon un timing prévu à l’avance. Le terme utilisé par McCay pour désigner le dessin central est split drawing, littéralement « dessin de division[1] ».
