Le montage en URSS et ses quinze procédés de base selon Semion Timochenko - Texte 1
L’ouvrage de Semion Timochenko Iskusstvo kino i montaž fil’my. Opyt vvedenija v teoriiu i èstetiku kino (« L’art du cinéma et le montage du film. Essai d’introduction à la théorie et à l’esthétique du cinéma »)[1] est resté curieusement méconnu des historiens du cinéma. Il a pourtant eu un grand impact sur les cinéastes et théoriciens russes au moment de sa parution : Boris Eichenbaum s’y est référé dans « Problemy kino-stilistiki » (« Les problèmes de la ciné-stylistique »)[2], Roman Jakobson dans son article « Upadek filmu? » (« Déclin du cinéma? »)[3], et, partiellement traduit en allemand, il a même été cité par Rudolf Arnheim dans Film als Kunst (traduit en français sous le titre Le cinéma est un art)[4]. Faute de données sur son tirage, il est toutefois difficile de connaître l’ampleur de sa diffusion.
L’ouvrage est issu d’une conférence prononcée au Ciné-comité de l’Institut d’histoire de l’art de Léningrad en janvier 1926. Dès sa préface, Timochenko insiste sur l’ambition théorique du comité, mais il réclame d’abord la systématisation et la généralisation des données issues de la pratique du montage, en s’appuyant sur sa propre expérience de réalisation (proche de celle des formalistes).