Christian Lebrat : déborder l'écran par la couleur - Texte 6
Si Holon doit être considéré comme une étape dans son parcours plutôt qu’un aboutissement, on peut cependant y voir la synthèse de recherches plastiques menées sur la fragmentation colorée du photogramme. En effet, dans sa conception, le film repose sur un calcul de combinatoires associé à l'imprévu qu'implique le geste du cinéaste lors du défilement des rubans.
Les expérimentations de Christian Lebrat sur la prise de vues trouvent un écho direct dans les dispositifs de projection qu'il a conçus pour des performances. Liminal Minimal 1 et 2 (1977) rendent perceptible la nature photogrammatique du film, mais aussi les propriétés ondulatoires[8] des couleurs cinématographiques, tout en exposant le caractère périlleux et circonstanciel du dispositif de projection qui en définit l'expérience. En effet, Christian Lebrat opère d’abord un réglage manuel des projecteurs afin de superposer la diffusion de deux boucles d'images dans un même cadre. Il les fait alternativement pivoter sur un axe vertical, puis horizontal, afin d’étendre le format au moyen d’un chevauchement des deux cadres. Au cours de ces performances, il joue également avec la zone de netteté de l'image, en modifiant la mise au point des projecteurs. Enfin, une profondeur de champ fictive est générée dans ces performances, à partir d'images qui sont pourtant des aplats de couleurs, par la création d’un décalage entre les distances focales des projecteurs. Liminal Minimal 1 et 2 débordent ainsi littéralement l'écran, élargissent et bousculent la condition statique de la projection.
