Une caméra détournée de son usage standard : Rose Lowder et la Bolex H16 - Texte 1

Une caméra détournée de son usage standard : Rose Lowder et la Bolex H16, par Éric Thouvenel

Rose Lowder est née en 1941 au Pérou. Après une formation en arts plastiques, elle travaille dans les années 1960 comme monteuse pour l'industrie du cinéma et de la télévision britanniques. À cette époque, elle découvre également le cinéma expérimental, notamment dans le cadre des projections organisées à la librairie Better Books, puis à la London Filmmakers' Co-op. Elle arrive en France dans le courant des années 1970, et entame alors une œuvre intégralement réalisée en 16 mm. Comme pour beaucoup de cinéastes expérimentaux à cette époque, sa caméra de prédilection est la Bolex H16.

Les films de Rose Lowder sont agencés directement dans la caméra, c'est-à-dire sans montage au sens usuel du terme. Ils sont en revanche ordonnés selon un schéma précis et rigoureux, que le mécanisme de la Bolex lui a permis de développer, tout en contournant le fonctionnement standard de la caméra.

Les procédés de filmage de Rose Lowder sont issus d'une réflexion portant sur les écarts entre l'image telle qu'elle est physiquement inscrite sur la pellicule, et visuellement perçue par le spectateur. Cette méthode suppose de penser la composition du film photogramme par photogramme, ce que facilite le grand degré de précision permis par certaines caméras Bolex mécaniques, pourvues d'un compteur d'images et d'un dispositif solide pour l'entraînement du film dans le couloir de la caméra (contrairement aux Bolex pourvues d'un moteur, celui-ci pouvant provoquer un arrêt de la caméra lors d'un tournage image par image).

Rose Lowder emploie donc essentiellement une Bolex H16 pourvue d'une manivelle. Progressivement au cours de son travail, elle s'est rendu compte qu'il lui était possible d'impressionner des photogrammes isolés n'importe où sur le ruban filmique, en « navigant » le long du support grâce à cette manivelle. Il lui devenait donc possible d'enregistrer une image à un endroit P1 de la bande, puis d'avancer jusqu'en P5, P30 ou P179, etc., et d'en enregistrer un autre, avec des caractéristiques visuelles éventuellement différentes – échelle de plan, distance focale, etc. –, mais également de reculer sur cette bande, « comme sur un tableau où l'on peut placer les taches de couleur sur n’importe quel endroit de la surface[6] ».

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/345432/2258

Date de modification de la fiche

2021-03-08

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