Le storyboard, l’animatique et autres outils de prévisualisation expérientielle - Texte 2
Parce que le processus de création du storyboard est itératif, il est coutumier pour un metteur en scène de soumettre des corrections successives au dessinateur jusqu’à tant que chaque cadre soit considéré comme satisfaisant. Un scénarimage maintes fois révisé n’est pas nécessairement plus esthétique ou d’un trait plus achevé qu’un simple croquis, car l’aspect réducteur d’un dessin face à l’image filmée qu’il cherche à représenter peut s’avérer une bonne chose : il est ainsi possible d’inciter les différents artisans du film à faire appel à leur créativité pour combler les imprécisions inhérentes au scénarimage, et ainsi bonifier le résultat final grâce à l’apport de tous. Lors du tournage du long métrage Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), le cinéaste Michael Chapman valorise le caractère simpliste des storyboards du réalisateur en les assimilant non pas à des représentations précises du résultat recherché, mais plutôt à des panneaux routiers indiquant de manière sommaire la direction à suivre[1].
Dans cette optique, la prévisualisation devient une « pièce de conversation » entre les intervenants de la production, et encourage la créativité et la collaboration à partir d’une préparation visuelle commune. Des metteurs en scène comme Steven Spielberg[2] et Oliver Stone[3] expliquent comment cette planification en préproduction leur permet de mieux improviser au moment du tournage, et ce, en dépit des nombreuses contraintes généralement associées à la phase de la prise de vues.
Puisque le scénarimage ne représente que d’une manière approximative le rythme narratif et le mouvement visible à l’écran, on lui préfère parfois l’animatique, c’est-à-dire une séquence animée qui simule le déroulement de la mise en scène dans le temps. Cette séquence peut être réalisée à partir des dessins du scénarimage (comme c’est souvent le cas pour les films d’animation), dessins auxquels on ajoute une piste sonore temporaire (scratch track) incluant au besoin une première version des dialogues. Aujourd’hui, les animatiques tendent à être fabriquées avec des logiciels d’infographie 3D, ce qui ajoute à leur apparence photoréaliste tout en encourageant une réutilisation des données numériques qui les composent (voir la quatrième partie du présent parcours).
