Les années 1950 et 1960 : l’âge d’or du cinéma immersif - Texte 1
C’est surtout pendant les années 1950 et aux États-Unis que les dispositifs immersifs pour le cinéma les plus célèbres ont vu le jour. À cette période, Hollywood devait notamment faire face à un concurrent redoutable pour le grand écran : la télévision. Pour « contre-attaquer », l’industrie cinématographique a vu plus grand, plus spectaculaire. C’est le célèbre Cinerama (héritier non proclamé du Polyvision) qui a ouvert le bal en 1952. Le procédé repose sur des prises de vues avec une caméra à triple bande 35 mm (équipée de trois objectifs d’une focale de 27 mm), projetées ensuite avec trois projecteurs différents sur un écran courbé à 146°. Cinerama ouvrit ses propres salles pour pouvoir proposer ce type de projection au format large offrant une image avec un ratio de 2,59:1 (trois pellicules 35 mm au format 0,86:1 projetées côte à côte). Beaucoup le considèrent davantage comme une attraction que comme un dispositif cinématographique. Il est vrai que les films Cinerama (à l’exception de La conquête de l’Ouest et des Amours enchantées, sortis dix ans plus tard en 1962) furent principalement des films de tourisme enchaînant les séquences spectaculaires : les chutes du Niagara survolées en hélicoptère, un tour de montagnes russes en caméra subjective, etc., comme c’est le cas avec la bande-annonce du premier film en Cinerama, This is Cinerama (Merian C. Cooper, Gunther von Fritsch, Ernest B. Schoedsack et Michael Todd, 1952).
De plus, les films tournés en Cinerama bouleversaient les acquis du cinéma conventionnel en inversant les codes du langage filmique de manière radicale. Si, dans le cinéma classique, la forme technique est au service d’une mise en valeur du fond, avec le Cinerama, c’est le fond qui est au service d’une mise en valeur de la forme. Véritable trait d’union entre le cinéma conventionnel et l’attraction, le Cinerama se devait de mettre en valeur de manière extrême les potentialités technologiques du moment. Toutefois, le Cinerama a bien sa place dans l’histoire du cinéma immersif, notamment parce qu’il a en partie déclenché le regain d’intérêt des studios hollywoodiens pour les formats larges. Par ailleurs, la société Cinerama a proposé par la suite un dispositif utilisant une pellicule 70 mm – le Cinerama 70[1] – plus adapté que le Cinerama 3 × 35 mm pour le cinéma narratif. Il a été utilisé pour plusieurs films dans les années 1960, notamment pour l’« ultime voyage » de Stanley Kubrick : 2001 : L’odyssée de l’espace (1968).
