L’entrée en guerre (1914-1915) - Texte 1
L’année 1914 marqua un tournant, la construction des objectifs photographiques étant alors mise au service de l’effort de guerre[1]. Les premiers signes de ce changement apparurent en Grande-Bretagne, mais les effets se propagèrent rapidement aux autres pays alliés. En août 1914, la marine britannique imposa un blocus naval sur la flotte impériale allemande et ses ports afin de restreindre ses approvisionnements. Cette initiative priva l’Allemagne de ressources alimentaires, ce qui y provoqua des « émeutes de la faim ». Mais elle eut aussi pour effet de « déclencher immédiatement une crise économique au sein de l’Empire britannique », en particulier dans l’industrie des équipements[2]. La guerre intensifia les divisions nationales existantes dans la production des objectifs, mais sur la base des capacités matérielles de ces nations plutôt que sur celle de leurs conceptions ou de leur avancement scientifiques. Elle révéla aussi la fragilité du système de licences, car si Zeiss était parvenu à promouvoir sa marque par-delà les frontières nationales, la production internationale des objectifs et instruments optiques était encore largement dépendante d’un verre optique de confection allemande.
En effet, alors que nombre de pays avaient de robustes capacités commerciales pour construire des instruments optiques, le verre utilisé dans la fabrication de ces instruments provenait presque toujours d’Allemagne[3]. Avant la guerre, Jena Glassworks représentait de 60 à 90 % de l’approvisionnement en verre optique de la Grande-Bretagne[4]. Les États-Unis commencèrent alors à développer leur industrie, à la fois pour contrer la menace que constituait l’impossibilité de s’approvisionner en Allemagne et dans l’espoir d’exporter leur production en Europe. Cependant, il fallut attendre les dernières années de la guerre pour que les États-Unis soient en mesure de combler les pénuries sévissant en Europe. Durant la guerre, Chance Brothers, le plus gros fabricant britannique, ne pouvait satisfaire que 10 % de sa demande domestique en verre optique. L’autre principal fournisseur de la Grande-Bretagne, l’entreprise française Parra-Mantois, fut rapidement dépassé par les commandes provenant d’autres constructeurs européens dont l’approvisionnement en verre optique auprès des fournisseurs allemands était aussi compromis[5].
