Assistants et intervallistes - Texte 2

Lorsque l’on compare les phases de l’action d’une animation du personnage de Bambi produit par Walt Disney en 1942 avec celles d’un personnage de cartoon de la fin des années 1920, on constate bien que les phases-clef du mouvement suffisaient à l’époque à marquer les temps forts de l’action dépeinte (la bouche ouverte/la bouche fermée; les sourcils froncés/les sourcils non-froncés), et c’est bien ce parti-pris esthétique qui est remis en question à l’ère de l’industrialisation du dessin animé. L’automatisation – au moins idéologique – du processus de fabrication des dessins va dans le sens d’un « devenir-prise de vue » de ces derniers, qui rejoue le fonctionnement interne de la caméra, reposant sur la captation métronomique d’instants quelconques. Ce sont bien ces « instants quelconques » qui sont reconduits par ces dessins intermédiaires, comme autant de moments insignifiants (personnage à moitié tourné, geste en cours d’exécution), des images potentiellement superflues en purs termes informationnels, mais qui assurent le lissage de l’animation, afin qu’elle se rapproche, au niveau perceptif, du mouvement filmé en prises de vues réelles.

Ainsi, comme a pu l’écrire Hervé Joubert-Laurencin :

le dessin proprement dit, et à proprement parler, n’est qu’un avatar dans le cartoon : il est nié par l’inbetweening et le timing – la mise en intervalles et en rythme – […] et la multiplication des mains qui tracent. En somme, l’incompatibilité esthétique du dessin d’art et du cartoon n’est que le pendant d’une parfaite compatibilité – au moins idéologique – entre cartoon et cinéma photographique. L’asservissement de la main, le laminage du style individuel, propres à Hollywood, ne sont rien d’autre qu’un retour à la machine régulée du cinématographe, une imitation du cinéma direct, plus radicale et plus invisible que la rotoscopie[8].

Le lien à la technique de la rotoscopie n’a rien de surprenant, puisqu’il témoigne bien encore d’une approche du dessin animé visant à équivaloir, d’un certain point de vue, le cinéma en prises de vues réelles, sous couvert d’une mécanisation de son processus de fabrication.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/249678/2078

Date de modification de la fiche

2020-12-15
2022-10-18

Se conforme aux schémas

Est un média associé au contenu

Export