Journalisme - Texte 1

Bien que l’expression « caméra d’action » soit plus souvent une étiquette appliquée à un ensemble d’usages d’une caméra montée sur le corps du filmeur, le plus souvent dans le cadre de sports extrêmes, celle-ci peut aussi s’appliquer à différentes pratiques documentaires et, par extension, au cas du journalisme. Or, il en découle une tension entre l’objectivité qu’on souhaiterait toujours associer au documentaire et au reportage journalistique, d’une part, et la subjectivité inhérente à l’utilisation de caméras d’action par des individus amateurs, d’autre part. Parler de subjectivité revient simplement à reconnaître le caractère individuel de la vision du monde qui est représentée[1], limitée à ce dont le sujet aura pu être le témoin à un instant donné. Dans le cas de la performance et même du documentaire, nous avons proposé que la proximité de la caméra d’action par rapport au corps du filmeur peut mener à des images qui excèdent la compréhension de l’œil humain, notamment quand l’image traduit directement des mouvements du corps distincts de ceux que l’œil aurait vus. Toutefois, l’image d’une caméra d’action prise dans le feu de l’action d’une catastrophe naturelle, d’un fait inusité, d’un mouvement de masse ou d’un conflit armé constitue tout de même la trace d’une expérience authentique qui mérite d’être considérée, et ce, même si elle peut paraître incompréhensible dans sa maladresse.

Pour Richard Bégin, des images captées par un amateur en lien avec un événement que ce dernier juge digne d’être documenté nous rapportent sa position d’acteur au sein de l’action. Cela ramène l’opposition toujours présente, en ce qui concerne la caméra d’action, entre les représentations produites par un observateur externe et celles provenant d’un acteur interne. L’authenticité du document produit dans le feu de l’action est donc valorisée parce qu’elle vient soit compléter les discours « officiels », soit les contredire en révélant une expérience véritable que les médias établis auraient oubliée ou encore souhaité taire. Les images que des caméras d’action nous ont rendues des mouvements populaires lors du Printemps arabe en 2010, des manifestations étudiantes de 2012 au Québec, des confrontations entre Gilets jaunes et forces de l’ordre françaises en 2018, ou encore des manifestations Black Lives Matter de l’été 2020 aux États-Unis viennent effectivement révéler une vision des choses telles que les avaient vécues des corps pris en plein cœur de l’action. Et si des images qui circulent relativement à ces événements nous en montrent parfois bien peu sur ce qui se déroulait dans l’ensemble, Bégin insiste sur le caractère sensible de l’expérience vécue qu’elles viennent traduire : « Ce que l’on perd en vision et en intelligibilité, on le gagne en perception et en sensibilité[2] ».

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Bédard, Philippe

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/225752/3509

Date de modification de la fiche

2021-10-31
2022-02-22

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