Le passage au parlant : son sur piste optique et micros - Texte 4
Les premiers micros enregistrent tous les sons de la même façon sans distinguer les bruits parasites et le dialogue essentiel. Ces micros omnidirectionnels sont peu à peu remplacés par des micros qui sont un peu plus directionnels à partir de 1930[4]. Les publications des ingénieurs et les publicités dans les journaux corporatifs permettent de voir la rapidité avec laquelle le matériel se transforme. Au cours de l’année 1929, aux États-Unis, les micros qui semblaient devoir rester accrochés au plafond peuvent être déplacés. Dans les mémoires des cinéastes, on lit que les ingénieurs du son sur les plateaux bloquaient les mouvements des acteurs en les obligeant à rester plantés sous les micros pendus au plafond ou bien cachés dans un pot de fleurs. C’est en partie une légende. Plusieurs initiatives semblables permettent de déplacer les micros, fin 1928 et au cours de l’année 1929. William Wellman se souvient d’avoir annoncé aux « soundmen » qu’il allait bouger « ce damné micro » : « j’ai grimpé et décroché le micro. Je l’ai mis au bout d’un manche à balai. Et je l’ai déplacé et ça a marché[5]. » Ailleurs on lit, à propos des premières « perches » pour micro, que c’est une idée de John Ford, ou de l’ingénieur du son Eddie Mannix, ou de Gordon Sawyer, ou de la réalisatrice Dorothy Arzner[6]. À la fin de 1929, plusieurs grands studios possèdent des « girafes » avec perches télescopiques[7]. Les micros sont assez lourds, il faut un contrepoids au bout de la perche. La structure en tripode sur roues qui tient la perche permet des déplacements dans toutes les directions[8].
Simultanément, la mise au point de la grue permet de déplacer des caméras en tous sens. Rouben Mamoulian fait construire une grue pour de larges mouvements dans Applause en 1929. Dès 1930, en France aussi, ces mouvements conjoints, à la grue et avec perche, existent. On constate donc que les déplacements de micros et des caméras, plus ou moins insonorisées, se font pendant les tournages en 1930. Cela ne se généralise que progressivement, mais c’est déjà possible. L’idée que les travellings n’existent plus et que l’arrivée du son a bloqué tous les mouvements est à relativiser. Selon les studios, des tournages peuvent être très statiques, mais dès la fin de 1929, il est vraiment possible de faire virevolter la caméra tout en gardant un micro proche des interprètes.
