Opacité de la représentation du balayage 3D et de la capture de mouvement au cinéma - Texte 11
Mettant en scène ce nouveau dispositif, Holy Motors (Leos Carax, 2012) écarte à nouveau l’approche documentaire pour privilégier un traitement plus esthétique, en capitalisant sur la fascination que peut engendrer la configuration scénique des tournages en motion capture, soit ce studio totalement vierge dans lequel évoluent des comédiens vêtus d’une combinaison en lycra moulante – bardée de petites boules réfléchissantes qui sont autant de marqueurs – et entourés de récepteurs infrarouges qui tapissent les murs de ce que l’on appelle le « volume », plongé ici dans l’obscurité cependant, afin de rendre énigmatiques les silhouettes ondulant dans le noir. Carax joue par ailleurs sur la disparition théorique du corps qu’engendre un tel dispositif – dans la continuité des travaux de Marey – pour mettre en scène, lors de la révélation du rendu final, une relation érotique entre deux créatures fantastiques qui paraissent se désirer charnellement, alors que rien de charnel n’apparaît à l’écran. C’est donc à une forme de déshumanisation que nous confronte Carax, engendrée par le dispositif de motion capture dont on montre qu’il déforme les corps actant.
